H2 Étude 3

  Consignes 

À l’aide du document, repère 4 arguments montrant que l’Espagne est une terre de « tolérance » au Moyen Âge ; puis 4 arguments montrant que l’Espagne ne l’est pas vraiment…

 › Un terre « de tolérance » 4 arguments
 › Une terre « d’intolérance »4 arguments

  Document 

Au Moyen Âge en Espagne, les conquêtes musulmanes, puis chrétiennes, entraînent d’importants changements religieux et culturels pour les populations. Que deviennent alors les chrétiens espagnols après la conquête musulmane, puis les musulmans espagnols pendant la Reconquista ?

A. 8e-13e siècle : le temps de la domination musulmane en Espagne (islamisation et arabisation).

1) Les mozarabes. De 711 à 715, les musulmans font rapidement la conquête de l’Espagne. De très nombreux chrétiens refusent toutefois de quitter al-Andalus et y restent vivre : appelés « mozarabes », ces derniers adoptent la langue et le mode de vie des musulmans (polygamie, circoncision, femmes voilées…). Ils peuvent également conserver leur religion à condition de payer un impôt appelé djizîa ; en échange, leur statut de « protégés » (dhimmis) leur assure la protection des autorités musulmanes. Si les « mozarabes » peuvent gérer leurs affaires religieuses/juridiques et exercer des métiers variés en occupant parfois des fonctions administratives, ils ne bénéficient toutefois pas des mêmes droits que les musulmans (par exemple, en matière de témoignage devant un tribunal), et ne peuvent montrer à cheval et porter certaines armes.

2) Les savants musulmans. À partir du 9e siècle, les savants arabes installés en Espagne se montrent particulièrement curieux et ouverts aux savoirs des autres civilisations. Ils traduisent et étudient les œuvres des grands penseurs de l’Antiquité, comme Aristote (philosophie), Ptolémée (astronomie) et Hippocrate (médecine). Ces traductions permettent ainsi de préserver et de diffuser ces connaissances précieuses. En parallèle, ils adoptent les chiffres indiens (qui deviendront plus tard les chiffres arabes que nous utilisons aujourd’hui) et développent de nouvelles branches du savoir, parmi lesquelles l’algèbre.

B. 11e-15e siècle : le temps de la reconquête chrétienne en Espagne (christianisation et latinisation)

1) Les mudéjars. Lors de la Reconquista du 11e au 15e siècle, les terres musulmanes reconquises par les Latins sont progressivement intégrées au monde chrétien : de nombreux musulmans choisissent alors rapidement d’émigrer vers les terres restées musulmanes. Ceux qui restent, les « mudéjars », sont eux aussi soumis à un impôt (la capitation) pour rester en vie et pour conserver leurs biens. Même s’ils sont parfois regroupés dans des quartiers à l’extérieur des fortifications des grandes villes, les « mudéjars » peuvent dans un premier temps conserver leurs lieux de culte, leurs lois et leurs juges. Toutefois, avec le temps, la pression pour se convertir au christianisme augmente, provoquant la disparition progressive de leurs communautés.

2) Les savants chrétiens. Avant le 10e siècle, la vie intellectuelle en Occident est limitée, car l’Église détient presque à elle seule la culture et le savoir. Les contacts avec le monde arabo-musulman révèlent alors aux Latins les limites de leurs connaissances. Au 12e siècle, un vaste mouvement de traduction des textes arabes vers le latin se développe donc, notamment après la prise de Tolède en 1085. Des chrétiens, des juifs et des des « mozarabes » travaillent ensemble pour traduire ces ouvrages, avec le soutien des autorités religieuses locales. Héritiers de la pensée grecque, ces textes permettent à l’Occident de rattraper son retard dans de nombreux domaines scientifiques. Cependant, il ne s’agit pas d’un véritable échange culturel : les Latins vont chercher ces savoirs pour se les approprier, ce qui explique pourquoi certains savants musulmans s’opposent à leur diffusion. Le transfert se fait donc à sens unique, et l’Occident ne retient que ce qui l’intéresse, laissant de côté une grande partie de la culture arabo-musulmane.

Durant toute cette période, le dialogue entre les religions reste donc très limité. Et la notion moderne de tolérance ne permet pas de comprendre les relations religieuses du Moyen Âge. Les échanges visent avant tout à convertir l’autre, et non à le comprendre ; ils se transforment donc rapidement en polémiques. Ainsi, lorsque l’abbé Pierre le Vénérable fait traduire le Coran en 1141, ce n’est pas pour mieux connaître l’islam, mais pour mieux le critiquer et le combattre.

D’après Robert DURANT (professeur à l’université de Nantes),
Musulmans et chrétiens en Méditerranée occidentale, Rennes, PUR, 2000