H2 Étude 3

  Consignes 

À l’aide du document, repère 4 arguments montrant que l’Espagne est une terre de « tolérance » au Moyen Âge ; puis 4 arguments montrant que l’Espagne ne l’est pas vraiment

 › Un terre « de tolérance » 4 arguments
 › Une terre « d’intolérance »4 arguments

  Document 

1. La coexistence des religions monothéistes dans la péninsule ibérique.

Les conquêtes musulmanes puis latines entraînent d’importants changements culturels et religieux pour les populations d’Espagne. Ces transformations prennent la forme d’islamisation et d’arabisation sous les musulmans, puis de christianisation et de latinisation lors de la Reconquista.

Après les conquêtes rapides du 8e siècle, de nombreuses communautés chrétiennes voient leur population diminuer fortement, voire disparaître, au sein de l’Empire musulman. En al-Andalus en revanche, les communautés juives perdurent tandis que les chrétiens y restent bien implantés : appelés « mozarabes », ces derniers adoptent la langue et le mode de vie des musulmans (polygamie, circoncision, femmes voilées…). Ils peuvent conserver leur religion à condition de payer un impôt appelé djizîa ; en échange, leur statut de « protégés » (dhimmis) leur assure la protection des autorités musulmanes. Si les « mozarabes » peuvent gérer leurs affaires religieuses/juridiques et exercer des métiers variés en occupant parfois des fonctions administratives, ils ne bénéficient toutefois pas des mêmes droits que les musulmans (par exemple, en matière de témoignage devant un tribunal) et ne peuvent montrer à cheval et porter certaines armes.

Lors de la Reconquista du 11e au 15e siècle, les terres musulmanes reconquises par les Latins sont progressivement intégrées au monde chrétien : beaucoup de musulmans choisissent alors rapidement d’émigrer vers les terres restées musulmanes. Ceux qui restent, les « mudéjars », sont eux aussi soumis à un impôt (la capitation) pour rester en vie et pour conserver leurs biens. Même s’ils sont parfois regroupés dans des quartiers à l’extérieur des fortifications des grandes villes comme à Saragosse après 1118, les « mudéjars » peuvent dans un premier temps conserver leurs lieux de culte, leurs lois et leurs juges. Toutefois, avec le temps, la pression pour se convertir au christianisme augmente, provoquant la disparition progressive de leurs communautés.

Durant toute cette période, le dialogue entre les religions est resté très limité. En effet, l’idée moderne de tolérance n’est pas adapté pour comprendre les échanges religieux de l’époque. Ces derniers ont essentiellement comme objectif de convertir l’autre, et non de le comprendre : c’est pourquoi le dialogue verse rapidement dans la polémique. Ainsi, si l’abbé Pierre le Vénérable fait traduire le Coran en 1141, ce n’est pas pour mieux connaître l’islam mais pour mieux le dénoncer et pour mieux le combattre.

2. L’élaboration et le transfert des savoirs dans la péninsule ibérique

À partir du 9e siècle, les savants arabes installés dans la péninsule Ibérique se montrent particulièrement curieux et ouverts aux savoirs des autres civilisations. Ils s’engagent dans un vaste mouvement de traduction et d’étude des œuvres des grands penseurs de l’Antiquité, notamment les philosophes grecs tels que Ptolémée et Aristote, ainsi que des savants comme Hippocrate dans le domaine médical. Ces traductions permettent de préserver et de diffuser des connaissances précieuses sur l’astronomie, la philosophie, la médecine et les mathématiques. En parallèle, les érudits arabes adoptent les chiffres indiens (qui deviendront plus tard les chiffres arabes que nous utilisons aujourd’hui) et développent de nouvelles branches du savoir, parmi lesquelles l’algèbre.

Avant le 10e siècle, la vie intellectuelle en Occident est quant à elle limitée, principalement parce que l’Église détient un monopole presque total sur la culture et le savoir. Les monastères sont alors les principaux centres d’enseignement et de conservation des textes mais leur accès est limité et leur approche souvent très conservatrice… Or les contacts avec le monde arabo-musulman vont révéler aux Latins leurs lacunes. Ainsi, au 12e siècle, un vaste mouvement de traduction de textes arabes en latin se développe, notamment après la prise de Tolède en 1085. Des chrétiens, des juifs et des « mozarabes » collaborent à ces traductions, souvent soutenus par les autorités religieuses locales. Ces textes arabo-musulmans, eux-mêmes héritiers de la pensée grecque permettent à l’Occident de rattraper son retard dans de nombreux domaines scientifiques (philosophie, la médecine ou encore l’astronomie et géographie).

Cependant, il ne s’agit pas d’un véritable échange culturel : les Latins vont chercher ces savoirs pour se les approprier, et certains savants musulmans s’opposent à leur diffusion. Le transfert se fait donc à sens unique, et l’Occident ne retient que ce qui l’intéresse, laissant de côté une grande partie de la culture arabo-musulmane. »

D’après Robert DURANT (professeur à l’université de Nantes),
Musulmans et chrétiens en Méditerranée occidentale, Rennes, PUR, 2000