LA FRANCE ET L’EUROPE FACE AUX RÉVOLUTIONS (1789-1848)
Entre 1789 et 1848, la France traverse une période de bouleversements majeurs. La Révolution française de 1789 marque en effet le début d’une ère de transformations politiques et sociales profondes qui met fin à la société d’Ancien régime. Monarchies, républiques et empires se succèdent donc, tandis que le pays oscille entre aspirations à la liberté et tentatives de retour à l’ordre ancien…
problématique centrale
En quoi la Révolution française est-t-elle une période de ruptures majeures ?
1. L’ANNÉE DE LA RÉVOLUTION (1789)
Pourquoi et comment l’Ancien régime s’effondre-t-il en 1789 ?
A) Une société inégalitaire et un royaume en crise
En 1789, la France est une société extrêmement inégalitaire, organisée en trois Ordres : le clergé et la noblesse bénéficient de privilèges tandis que le tiers-état, composé de travailleurs, supporte de lourds impôts. Parallèlement, la monarchie absolue de Louis XVI est affaiblie par une grave crise économique et budgétaire (avec des dépenses supérieures aux recettes).
B) Les étapes de la Révolution
En mai 1789, Louis XVI convoque les États généraux pour résoudre la crise, mais le système de vote défavorise le tiers-état. En réaction, ses députés se proclament « Assemblée nationale constituante » lors du Serment du jeu de paume en juin. En juillet, le peuple de Paris prend la Bastille pour soutenir cette Assemblée, marquant le rejet de l’absolutisme. Dans les campagnes, la « Grande Peur » pousse les paysans à se révolter contre les seigneurs, aggravant la crise.
2. LA FRANCE TRANSFORMÉE (1789-1792)
Comment la Révolution donne-t-elle naissance à une nouvelle société ?
A) La fin de la société d’Ancien régime
La Révolution marque la fin de la société d’ordres. La nuit du 4 août 1789 abolit les privilèges féodaux, rendant ainsi tous les citoyens égaux devant la loi et les impôts. De plus, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, adoptée par des députés le 26 août, consacre cette égalité ainsi que de nouvelles libertés individuelles (liberté d’expression).
B) La fin de la monarchie absolue
La monarchie absolue prend progressivement fin : celle-ci est remplacée en 1791 par une monarchie constitutionnelle qui limite les pouvoirs du roi et donne le pouvoir législatif aux députés (bien que le roi conserve un droit de veto et que seuls les citoyens les plus riches puissent voter).
C) La fin du catholicisme comme religion d’État
Entre 1789 et 1792, la liberté de conscience est instaurée, permettant ainsi aux protestants et aux juifs de pratiquer librement leur culte. De plus, l’Église est contrainte d’abandonner petit à petit certaines fonctions qu’elle remplissait avant : elle est mise sous contrôle de l’État (ses biens sont nationalisés, ses clercs deviennent élus et payés par l’État) et les fonctions de l’état-civil sont transférées aux municipalités.
D) La fin des provinces inégalitaires
En 1790, les députés réorganisent le royaume en créant 83 départements (égaux en taille et portant des noms d’éléments naturels afin d’effacer toute trace de la monarchie). De plus, Paris redevient la capitale du royaume.
3. L’ÉCHEC DE LA MONARCHIE ET LES DÉBUTS DE LA RÉPUBLIQUE (1791-1794)
Comment la fuite du roi ouvre-t-elle la voie à une République en crise ?
A) La fuite et l’exécution du roi
En juin 1791, refusant la monarchie constitutionnelle, Louis XVI tente de fuir mais celui-ci est arrêté à Varennes, ce qui provoque la rupture avec le peuple. En août 1792, les sans-culottes prennent les Tuileries, mettant ainsi fin à la monarchie constitutionnelle. Jugé pour trahison, le roi est condamné à mort et exécuté le 23 janvier 1793.
B) La « Terreur » des Montagnards
En septembre 1792, la Première République est proclamée et celle-ci est d’abord dirigée par les Girondins (Républicains bourgeois). Après l’exécution de Louis XVI en 1793, la France se retrouve toutefois menacée par les monarchies voisines et secouée par des révoltes internes. Les Montagnards (Républicains radicaux) prennent alors le pouvoir et instaurent la « Terreur » sous Robespierre pour éliminer les opposants à la République. En 1794, après la stabilisation politique du pays, Robespierre continue toutefois sa politique, suscitant ainsi une opposition qui le fait arrêter et guillotiner le 28 juillet.
4. BONAPARTE, DE LA RÉPUBLIQUE À L’EMPIRE (1799-1815)
Comment Bonaparte met-il fin à la Révolution tout en en perpétuant certains de ses idéaux ?
A) Le coup d’État de Bonaparte
Profitant de l’instabilité politique et de la faiblesse de la République, un jeune général ambitieux organise un coup d’État en 1799 : Napoléon Bonaparte. Celui-ci est connu de nombreux Français pour ses victoires militaires, notamment contre l’armée autrichienne.
B) La fin de la Révolution et de ses principes ?
• Au niveau politique : Bonaparte concentre rapidement tous les pouvoirs et se fait couronner empereur en 1804, mettant ainsi fin à la République et à la séparation des pouvoirs.
• Au niveau des libertés : Bonaparte rétablit également l’esclavage dans les colonies, limite la liberté de la presse et renforce la structure patriarcale. C’est un véritable retour en arrière.
• Au niveau religieux : Bonaparte reconnait le catholicisme comme étant la « religion de la majorité des Français » par le Concordat de 1801. Son but est d’apaiser l’Église et les catholiques français.
C) Des principes révolutionnaires conservés et exportés ?
• Au niveau politique : Bonaparte poursuis certains principes de la Révolution en maintenant le suffrage universel masculin afin d’élire les représentants (bien que ces derniers soient soumis à son pouvoir). De plus, il poursuit les politiques de centralisation avec la création des préfets (dans chaque département) et du franc comme monnaie unique.
• Au niveau religieux : Bonaparte unifie les lois avec le Code civil et garantit l’égalité devant la loi. La liberté de culte est préservée tandis que le clergé reste nommé et financé par l’État.
• Des principes exportés : Bonaparte parvient à contrôler toute l’Europe grâce à la « Grande armée » et met à la tête de certains États des membres de sa famille. Il en profite pour diffuser le Code civil, l’égalité devant la loi et la fin des privilèges.
5. LE RETOUR DE L’ANCIEN RÉGIME EN FRANCE ET EN EUROPE (1815-1848)
Comment les idéaux de la Révolution française sont-ils écrasés en France et en Europe à partir de 1815 ?
A) La fin de l’Empire et le congrès de Vienne en 1815
À partir de 1812, l’Empire napoléonien s’effondre, notamment après l’échec en Russie et la défaite de Waterloo en 1815. Après sa chute, le congrès de Vienne (dirigé par l’autrichien Metternich) rétablit les monarchies et redéfinit les frontières européennes, ignorant dès lors les aspirations nationales. Pour maintenir cet ordre conservateur, l’Autriche, la Prusse et la Russie forment la Sainte-Alliance qui réprime les révoltes libérales et nationales jusqu’en 1848.
B) Un retour en arrière en France
Entre 1815 et 1830, la Restauration marque le retour des Bourbons avec Louis XVIII, puis Charles X qui tente de rétablir une monarchie autoritaire. La charte constitutionnelle accorde certaines libertés, mais le pouvoir reste largement entre les mains du roi. En 1830, la révolution des « Trois Glorieuses » chasse Charles X et porte au pouvoir Louis-Philippe, roi des Français. La Monarchie de Juillet se veut un compromis libéral mais reste censitaire et exclut le peuple. Progressivement, le régime devient autoritaire, réprime les révoltes sociales et muselle les opposants, décevant ainsi les espoirs révolutionnaires…
L’ESSENTIEL ❤️
⇒ De 1789 à 1793, le royaume de France est transformé par le processus révolutionnaire : politiquement, avec la monarchie constitutionnelle et la séparation des pouvoirs ; territorialement, avec la création de départements égaux ; religieusement, avec la sécularisation de la société et la liberté de culte ; et socialement, avec la mise en place de l’égalité entre les citoyens et de l’instauration de nouvelles libertés. L’objectif des révolutionnaires est alors de construire une nation basée sur les principes dictés par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.
⇒ De 1793 à 1794, la révolution se radicalise. En 1793, les députés décident en effet l’exécution du roi et, l’année suivante, la « Terreur » prônée par les Montagnards et Robespierre est mise à l’ordre du jour pour sauver la jeune République de ses menaces extérieures et intérieures.
⇒ En 1799, Napoléon organise un coup d’État et instaure progressivement un Empire qui met fin au processus révolutionnaire. Il est à la fois un continuateur de la Révolution (libertés, égalité, Code civil, administration centralisée…) qu’il diffuse en Europe mais également son fossoyeur (restauration d’un pouvoir monarchique, fin de la liberté de presse, rétablissement de l’esclavage…). Son empire s’effondre en 1815 face à la coalition internationale.
⇒ Lors du congrès de Vienne de 1815, les vainqueurs de Bonaparte redessinent les frontières de l’Europe et suppriment toute trace de la Révolution : les vieilles dynasties sont restaurées et une alliance contre-révolutionnaire, la Sainte-Alliance, est mise en place pour réprimer toute contestation nationale ou libérale. En France, la monarchie est restaurée…
DATES REPÈRES
• mai 1789 : ouverture des États généraux
• juin 1789 : serment du Jeu de Paume
• 14 juillet 1789 : prise de la Bastille
• août 1789 : abolition des privilèges et DDHC
• juin 1791 : fuite du roi
• 1792 : instauration de la Première république
• janvier 1793 : exécution de Louis XVI
• 1793 : lois des suspects, début de la « Terreur »
• 1799 : coup d’État de Bonaparte
• 1804 : Bonaparte devient Napoléon Ier
• 1815 : Congrès de Vienne