LE SECOND EMPIRE, UN RĂGIME AUTORITAIRE MAIS MODERNISATEUR (1852-1870)
En 1848, la France tente une deuxiĂšme fois lâaventure rĂ©publicaine mais celle-ci ne dure pas longtemps ! En effet, trĂšs vite, Louis-NapolĂ©on Bonaparte est Ă©lu PrĂ©sident et, aprĂšs un coup dâĂtat bien ficelĂ©, devient empereur en 1852 sous le nom de NapolĂ©on III : un rĂ©gime autoritaire concentrant presque tous les pouvoirs entre ses mains est alors instaurĂ© ! Pourtant, derriĂšre cette autoritĂ© affirmĂ©e, le Second Empire se distingue aussi par une une vaste opĂ©ration de modernisation du pays : industries, villes, transports⊠la France change de visage ! Ce rĂ©gime, souvent perçu comme contradictoire, cherche dĂšs lors Ă concilier autoritĂ© politique et prospĂ©ritĂ© Ă©conomique.
problématique centrale
Comment le Second Empire parvient-il à concilier autoritarisme politique et modernisation économique ?
1. UNE DICTATURE AUX APPARENCES DĂMOCRATIQUES
Comment Napoléon III utilise-t-il les outils démocratiques pour renforcer son pouvoir en France ?
A) La mise en place dâune dictature (1852)
âą Un systĂšme dĂ©mocratique… Sur le papier, le Second Empire sent bon la dĂ©mocratie et ressemble Ă une monarchie constitutionnelle bien huilĂ©e : on y retrouve une Constitution, un Parlement et des Ă©lections. De plus, les deux plĂ©biscites organisĂ©s (pour faire passer son coup dâĂtat, puis pour restaurer lâEmpire) ont reçu un rĂ©el soutien populaire. « Je suis sorti de la lĂ©galitĂ© pour entrer dans le droit » affirme l’empereur, assurĂ© que son pouvoir vient du peuple…
âą … mais qui n’en a que les apparences. Lâempereur a toutefois la main sur l’ensemble du systĂšme. Avec ses prĂ©fets (vĂ©ritables « empereurs au petit pied »), il contrĂŽle les Ă©lections en poussant ses candidats Ă coups dâaffiches, de gros moyens et tout le tralala. Il soigne aussi son image : la presse est censurĂ©e et les opposants sont emprisonnĂ©s ou poussĂ©s Ă lâexil. Le Parlement ? Presque dĂ©coratif, les dĂ©putĂ©s ont trĂšs peu de poids. Et pour faire comme si le peuple dĂ©cidait vraiment, lâempereur organise des plĂ©biscites sans vrai dĂ©bat ni opposition⊠afin de valider ce quâil a dĂ©jĂ dĂ©cidĂ© tout seul !
âą Une dictature personnelle. DerriĂšre les beaux discours, la rĂ©alitĂ© est donc bien plus autoritaire ! La Constitution de janvier 1852 donne en effet presque tous les pouvoirs Ă NapolĂ©on III : il nomme ses ministres, contrĂŽle lâarmĂ©e et dirige la diplomatie⊠mais il propose aussi les lois et place ses proches au SĂ©nat : les assemblĂ©es ne sont lĂ que pour valider ce que lâempereur a dĂ©jĂ dĂ©cidĂ©. MĂȘme la justice est rendue en son nom ! Si le Second Empire se donne des airs dĂ©mocratiques, le pouvoir impĂ©rial est bel et bien au centre du systĂšme.
B) Le Second Empire, un Ătat autoritaire et policier (1852-1870)
âą Un rĂ©gime autoritaire. NapolĂ©on III gouverne dâune main de fer donc, dans la lignĂ©e de son oncle NapolĂ©on Ier : lâautoritĂ© avant tout ! Depuis 1852, il muselle la presse avec un systĂšme d’avertissement (deux entrainent la suspension et trois la suppression d’un journal). En 1858, la loi de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale vient renforcer cette autoritĂ© : elle permet dâarrĂȘter sans procĂšs toute personne jugĂ©e « suspecte ». Les opposants politiques, notamment les rĂ©publicains, sont alors contraints Ă lâexil (comme Victor Hugo qui sâinstalle Ă Guernesey pour Ă©crire des pamphlets bien salĂ©s) ou envoyĂ©s dans des bagnes en Guyane, en AlgĂ©rie ou en Nouvelle-CalĂ©donie… LâĂtat se durcit et toute critique est Ă©touffĂ©e !
âą Un rĂ©gime policier. LâĂtat impose Ă©galement une surveillance Ă©troite de sa population. La presse est censurĂ©e, les Ă©lections Ă©troitement contrĂŽlĂ©es et les rĂ©unions politiques interdites. Les prĂ©fets, prĂ©sents dans chaque dĂ©partement, jouent un rĂŽle dâespions au service de lâempereur et les lieux publics sont surveillĂ©s par une police dont les effectifs sont triplĂ©s. En 1855, les Renseignements gĂ©nĂ©raux sont ainsi créés pour renforcer ce systĂšme de contrĂŽle. MĂȘme les ouvriers sont surveillĂ©s depuis 1854 : ils doivent avoir avec eux leur « livret ouvrier » dans lequel le patron note tous leurs dĂ©placements. Ambiance !

2. L’ENTRĂE DE LA FRANCE DANS LA MODERNITĂ
Comment la France se modernise-t-elle sous le Second Empire ?
A) Le développement industriel en France
âą La « rĂ©volution industrielle ». En France, pendant que les libertĂ©s politiques sâeffacent, une libertĂ© sâimpose sans contestation : celle dâentreprendre ! Ă partir du milieu du 19e siĂšcle, le pays s’engage en effet dans un processus que lâon qualifie de « rĂ©volution industrielle ». Cette transition repose sur lâintroduction progressive de nouvelles technologies (en particulier la machine Ă vapeur) et sur lâexploitation accrue du charbon comme source dâĂ©nergie. Le pays Ă©volue ainsi progressivement dâun modĂšle de production artisanal vers un systĂšme mĂ©canisĂ©, concentrĂ© dans des usines permettant de produire plus rapidement, plus massivement et plus efficacement
âą Des rĂ©gions spĂ©cialisĂ©es et une production en hausse. Les usines poussent lĂ oĂč les ressources sont : le charbon dans le Nord-Pas-de-Calais (Douai, Lens, Valenciennes), en Lorraine et autour de Saint-Ătienne. La mĂ©tallurgie, elle, sâancre Ă proximitĂ©. Et cĂŽtĂ© textile, certaines rĂ©gions ont leur spĂ©cialitĂ© : dans la laine dans le Nord (Roubaix, Tourcoing), dans le coton en Alsace (Mulhouse) et dans la soie Ă Lyon. Ainsi, certaines villes (Lille, Lyon, Bordeaux ou encore Nantes…) deviennent des nĆuds industriels majeurs tandis que dâautres sortent de terre : le Creusot, par exemple, passe de paisible bourgade Ă vĂ©ritable ville-usine.
âą Une « rĂ©volution industrielle » Ă nuancer. La rĂ©volution est toutefois partielle et la France reste trĂšs rurale. Lâindustrialisation est en effet lente, inĂ©galement rĂ©partie (axe Le Havre/Marseille) et souvent complĂ©mentaire Ă lâagriculture : beaucoup de paysans cumulent leur activitĂ© agricole avec un travail industriel, le plus souvent Ă domicile. Et en lâabsence de grandes entreprises industrielles (lâĂ©conomie reste largement dominĂ©e par des petites et moyennes entreprises), ce sont les petites manufactures rurales (dans la dentelle, le textile, la quincaillerieâŠ) ainsi que lâartisanat urbain qui assurent une part essentielle de la production !
B) LâĂtat au service du progrĂšs (et de son image)
âą Des transports pour un marchĂ© national. Dans ce grand projet de transformation, lâĂtat ne reste pas les bras croisĂ©s. La prioritĂ© de NapolĂ©on est de dĂ©velopper les transports, leviers essentiels du dĂ©veloppement selon lui. Si les canaux sâĂ©tendent (comme celui de la Marne au Rhin ou le canal latĂ©ral Ă la Garonne), câest surtout le chemin de fer qui fait un bond de gĂ©ant : de 3 000 Ă presque 18 000 km de voies entre 1852 et 1870 ! Le train, câest la rĂ©volution des distances, la chute des coĂ»ts et la naissance dâun marchĂ© national unifiĂ© !
âą Un Ătat modernisateur. Dans les villes aussi, les travaux vont bon train : Paris, Lyon, Marseille ou Bordeaux sont redessinĂ©es. Les ports (Le Havre, Saint-Nazaire, Marseille, Bordeaux, Nice) sont modernisĂ©s pour accompagner les Ă©changes commerciaux. Et pour parfaire son image dâempereur moderne et visionnaire, NapolĂ©on III organise deux expositions universelles Ă Paris (1855 et 1867), vitrines Ă©clatantes du savoir-faire français. Il signe Ă©galement un traitĂ© de libre-Ă©change avec le Royaume-Uni en 1860, histoire de stimuler la production locale par la concurrence internationale !
âą La deuxiĂšme puissance industrielle europĂ©enne. Les rĂ©sultats de cette politique sont significatifs : entre 1848 et 1870, la production de charbon est multipliĂ©e par cinq, celle de fonte par trois et le textile explose. Pourtant, la croissance française reste modĂ©rĂ©e, avec un taux annuel dâenviron 2 % : le pays avance mais Ă un rythme lent et inĂ©gal. PlutĂŽt quâune rĂ©volution brutale, il s’agit donc plutĂŽt d’une lente mutation, Ă gĂ©omĂ©trie variable, qui cohabite longtemps avec un monde rural toujours bien vivant.
3. PARIS, UNE CAPITALE TRANSFORMĂE SOUS LE SECOND EMPIRE
En quoi la modernisation de Paris permet-elle aussi de renforcer le pouvoir impérial ?
A) Paris, une capitale quâil faut repenser
âą Une ville mĂ©diĂ©vale. En 1850, Paris n’est pas encore la ville lumiĂšre⊠mais plutĂŽt la ville des ruelles crasseuses et des Ă©gouts Ă ciel ouvert ! MalgrĂ© sa taille impressionnante (1,2 million dâhabitants en 1851), la capitale ressemble encore Ă une ville mĂ©diĂ©vale mal en point : rues Ă©troites, logements insalubres, peu d’hygiĂšne, et Ă©pidĂ©mies Ă rĂ©pĂ©tition (comme le cholĂ©ra en 1832 qui tue plus de 18 000 personnes). Son organisation ressemble donc Ă un bazar urbain dangereux, sale et Ă©touffant. Câest dans ce dĂ©cor que NapolĂ©on III dĂ©cide, aprĂšs son coup dâĂtat de 1851, de tout refaire : adieu Moyen Ăge, bonjour modernitĂ© !
âą Le choix dâHaussmann. Pour rĂ©aliser son grand projet, NapolĂ©on III fait le choix du baron Haussmann, alors prĂ©fet de la Gironde. Ă ce poste, ce dernier sâest notamment illustrĂ© par des opĂ©rations dâembellissement de Bordeaux (percement de nouvelles avenues, Ă©clairage au gaz, construction de fontainesâŠ). Lâempereur le nomme alors prĂ©fet de la Seine en 1853 et en fait son homme de confiance. Adieu le vieux Paris miteux, place Ă la modernitĂ© !
B) Paris, une capitale modernisée (1853-1870)
âą Paris XXL. Haussmann dĂ©cide dans un premier temps d’agrandir la ville en annexant une douzaine de communes limitrophes (Montmartre, Belleville, PassyâŠ) situĂ©es entre Paris et les enceintes de Thiers (créées autour de Paris sous Louis-Philippe). La ville gagne ainsi 350 000 habitants, sa superficie augmente de 40 % et le pouvoir municipal est rĂ©parti entre 20 arrondissements.
âą Ăa circule Ă Paris. Avec Haussmann, Paris devient une ville oĂč l’on circule mieux. De larges avenues sont percĂ©es Ă travers les anciens quartiers, facilitant ainsi les dĂ©placements. Pour mieux relier les rives, des ponts sont Ă©galement construits ou rĂ©novĂ©s (comme le pont Saint-Michel), rendant la Seine plus facile Ă franchir. CĂŽtĂ© transports, les gares sont modernisĂ©es et deviennent les nouvelles portes d’entrĂ©e de la ville. Et en 1855, la crĂ©ation de la Compagnie GĂ©nĂ©rale des Omnibus (suite Ă la fusion de plusieurs compagnies privĂ©es) lance les premiers transports en commun : les Parisiens peuvent traverser la ville plus facilement !
âą Paris se refait une propretĂ©. Haussmann ne se contente pas dâagrandir et de moderniser Paris, il veut aussi en faire une ville saine et agrĂ©able Ă vivre. Il lance alors de grands travaux pour amĂ©liorer lâhygiĂšne : un vaste rĂ©seau dâĂ©gouts et dâeau potable est mis en place, des fontaines publiques apparaissent un peu partout et la ville se pare de parcs et jardins pour offrir de lâair et du vert aux habitants : le parc Monceau est transformĂ© tandis que les Buttes-Chaumont et Montsouris voient le jour. En parallĂšle, des milliers de logements insalubres sont rasĂ©s pour faire place Ă de nouvelles constructions, et les abattoirs sont relĂ©guĂ©s en pĂ©riphĂ©rie, Ă lâEst de la capitale. Paris devient alors plus clean, plus classe et plus impĂ©riale !
C) Une modernisation qui renforce le pouvoir impérial
âą Des boulevards anti-barricades. Avant Haussmann, les ruelles Ă©troites de Paris Ă©taient parfaites pour monter des barricades et faire la rĂ©volution. NapolĂ©on III, traumatisĂ© par les Ă©meutes de 1830 et 1848, souhaitent de avenues larges impossibles Ă bloquer. RĂ©sultat : les manifestants peinent Ă sâorganiser et lâarmĂ©e peut dĂ©bouler rapidement.
âą La prĂ©fecture de Paris. La construction de la prĂ©fecture de police sur l’Ăźle de la CitĂ© permet Ă NapolĂ©on III de centraliser les outils de surveillance et de rĂ©pression. Ce bĂątiment imposant, qui intĂšgre les Renseignements gĂ©nĂ©raux, devient alors le centre de commandement de lâordre public : on y gĂšre les dĂ©cisions, les ordres, les fichiers administratifs et surtout les fiches sur les opposants politiques ! GrĂące Ă cette centralisation, lâEmpire peut agir plus vite, contrĂŽler plus efficacement et montrer sa puissance en plein cĆur de Paris.
âą Une gentrification forcĂ©e. Cette modernisation Ă marche forcĂ©e, basĂ©e sur la spĂ©culation immobiliĂšre et sur lâaugmentation des loyer, a pour consĂ©quence de chasser les plus pauvres (notamment les ouvriers rĂ©volutionnaires) vers les faubourgs pĂ©riphĂ©riques. Les quartiers rĂ©novĂ©s peuvent alors accueillir les bourgeois, moins susceptibles de crier « Ă bas lâEmpire ! ». Câest un peu du mĂ©nage social : on Ă©loigne les fauteurs de trouble et on rapproche les bourgeois.
âą La ville « vitrine » de l’Empire. NapolĂ©on III veut impressionner la France et lâEurope. Il fait construire des bĂątiments en pierre de taille, des gares modernes, de nouveaux parcs et bois… Ces grands travaux illustrent lâefficacitĂ©, lâordre et le progrĂšs vantĂ©s par NapolĂ©on et Paris devient la vitrine du rĂ©gime. De la pure propagande, version urbanistique.

4. LES MUTATIONS DE LA SOCIĂTĂ FRANĂAISE
En quoi les mutations économiques bouleversent-elles les hiérarchies sociales et les modes de vie en France ?
A) La bourgeoisie
âą La grande bourgeoisie industrielle et financiĂšre. La grande bourgeoisie industrielle (patrons) et financiĂšre (banquiers) s’affirme au sommet de la sociĂ©tĂ© comme la classe dominante. Proches de l’empereur, ces nouveaux « talents » (censĂ©s remplacer les privilĂšges de naissance) bĂątissent des empires Ă©conomiques : on pense au groupe Schneider du Creusot, spĂ©cialisĂ© dans la mĂ©tallurgie et la sidĂ©rurgie/mĂ©canique, ou bien le CrĂ©dit mobilier, une banque dâinvestissement fondĂ©e par les frĂšres Pereire en 1852 dont l’objectif est de spĂ©culer dans tous les secteurs dynamiques de lâĂ©conomie. Des entreprises de cette taille restent toutefois des exceptions Ă cette Ă©poque.
âą La bourgeoisie libĂ©rale et intellectuelle. Juste en dessous dans la hiĂ©rarchie sociale, on retrouve les professions libĂ©rales (avocats, notaires, mĂ©decins…) et les professions intellectuelles (enseignants, journalistes, artistes, scientifiquesâŠ). Ces groupes nâont pas toujours beaucoup dâargent mais incarnent les idĂ©aux de progrĂšs, de science et dâĂ©ducation qui traversent le 19e siĂšcle. Certains, comme les avocats ou les journalistes, jouent Ă©galement un rĂŽle politique de premier plan, notamment dans lâopposition au pouvoir impĂ©rial ou dans les mouvements rĂ©publicains.
âą De nouveaux modes de consommation. DĂšs lors, ces nouvelles classes dominantes participent au dĂ©veloppement du commerce, de la consommation et donne naissance Ă une culture urbaine moderne. Les grands magasins (comme le Bon MarchĂ© fondĂ© en 1852) rĂ©volutionnent en effet le commerce en offrant un large choix de produits Ă une clientĂšle bourgeoise avide de nouveautĂ©s. Les loisirs se diversifient Ă©galement : les théùtres, les opĂ©ras et les expositions universelles deviennent des lieux dâexpression et de sociabilitĂ© de cette nouvelle Ă©lite urbaine. Lâessor de cette bourgeoisie contribue donc Ă redessiner le paysage Ă©conomique et culturel de la France impĂ©riale.
B) La classe ouvriĂšre
âą LâĂ©mergence du prolĂ©tariat. Face Ă cette bourgeoisie triomphante, le monde ouvrier Ă©merge comme une classe sociale de plus en plus nombreuse, bien que diverse. Lâindustrialisation attire en effet une population toujours plus nombreuse dans les grandes villes ainsi que dans les rĂ©gions industrielles (Nord, Pas-de-Calais, Alsace…). Le secteur du textile (notamment Ă Lyon, Lille ou Rouen) emploient une majoritĂ© de femmes et dâenfants dans des conditions de travail trĂšs difficiles. Ă cela sâajoutent les ouvriers des mines, des chantiers de chemin de fer, des hauts-fourneaux ou des manufactures… Lâabsence de protections sociales, les bas salaires et la longueur de la journĂ©e de travail (souvent plus de 12 heures) rendent leur vie trĂšs difficile.
âą Lâobtention du droit de grĂšve. Les ouvriers, paradoxalement, rencontrent pendant quelque temps les prĂ©occupations de NapolĂ©on III. En effet, les soutiens traditionnels de lâempereur commencent petit Ă petit Ă lui faire dĂ©faut : les catholiques lui reprochent sa politique italienne contraire aux intĂ©rĂȘts du pape et les milieux dâaffaire lui reprochent sa politique extĂ©rieure qui met en pĂ©ril la stabilitĂ© de lâĂ©conomie. Ainsi, en 1864, NapolĂ©on III octroie le droit de grĂšve aux ouvriers afin de les amadouer. Toutefois, ce nouveau droit reste trĂšs encadrĂ© et, lorsque les grĂšves se durcissent, lâempereur nâhĂ©site toujours pas Ă envoyer lâarmĂ©e pour les rĂ©primer.
C) La paysannerie
âą L’amĂ©lioration des conditions de vie. Contrairement aux idĂ©es reçues, les campagnes françaises ne sont pas laissĂ©es Ă lâĂ©cart de la modernisation : on parle souvent du Second Empire comme de « lâĂąge dâor des campagnes » ! En effet, les conditions de vie sâamĂ©liorent grĂące Ă la paix, Ă la baisse de la mortalitĂ©, Ă lâintroduction de nouvelles cultures (betterave, pomme de terre) et Ă lâessor des marchĂ©s agricoles favorisĂ© par les chemins de fer. Lâagriculture se diversifie et se modernise donc dans certaines rĂ©gions et la mĂ©canisation permet la spĂ©cialisation de certaines rĂ©gions agricoles (privilĂ©gier la production pour l’exporter).
âą Les migrations rurales. Cette prospĂ©ritĂ© est cependant relative et inĂ©gale. Dans les zones pauvres (Massif central, Bretagne, Limousin), la misĂšre persiste et pousse Ă lâĂ©migration. Beaucoup de jeunes ruraux partent travailler dans les grandes villes. Cette mobilitĂ© rurale amorce ainsi une lente transition vers une France plus urbaine.
5. LA POLITIQUE ĂTRANGĂRE DU SECOND EMPIRE
Comment le Second empire contribue-t-il aux unifications italienne et allemande ?
A) L’unification italienne (1859-1871)
âą Le PiĂ©mont-Sardaigne, royaume de lâunitĂ©. Vers 1850, lâItalie nâest encore quâune mosaĂŻque de huit Ătats indĂ©pendants. Selon Metternich, ce nâest quâune « expression gĂ©ographique » (en gros, pas une vraie nation)… Au milieu de ce joyeux bazar, un royaume se dĂ©marque : le PiĂ©mont-Sardaigne. Moderne, industrialisĂ© et dotĂ© dâune constitution, il rĂȘve de rassembler la pĂ©ninsule sous la couronne de Victor-Emmanuel II. Sauf que les autres Ătats, sous influence autrichienne ou attachĂ©s Ă leur indĂ©pendance (comme les Ătats pontificaux ou le royaume des Deux-Siciles), ne sont pas vraiment partants : entre diffĂ©rences culturelles, dialectes multiples et mĂ©fiances rĂ©gionales, lâunitĂ© paraĂźt presque mission impossible… Mais surprise ! En 1858, NapolĂ©on III dĂ©cide de soutenir le PiĂ©mont pour affirmer le grand retour de la France dans le concert des Nations. RĂ©sultat : la guerre contre lâAutriche Ă©clate en 1859 et les victoires de Magenta et Solferino permettent au PiĂ©mont-Sardaigne de rĂ©cupĂ©rer la Lombardie. Lâunification vient tout juste de dĂ©marrerâŠ
âą LâunitĂ© italienne par la force et les combats. La guerre contre lâAutriche rĂ©veille les consciences nationales : en mars 1860, la Toscane, Parme et ModĂšne rejoignent le PiĂ©mont-Sardaigne sans trop faire dâhistoires. Et en mai, câest au tour de Garibaldi de dĂ©barquer en Sicile, avec ses chemises rouges, pour remonte jusquâĂ Naples et libĂ©rer tout le Sud de l’Italie. En 1861, Victor-Emmanuel II devient alors officiellement roi dâItalie. Mais lâunification nâest pas encore complĂšte : Rome reste protĂ©gĂ©e par les troupes françaises, sur ordre de NapolĂ©on III, soucieux de mĂ©nager les catholiques français ! Il faudra donc attendre 1870 (lorsque la France retire ses soldats Ă cause de la guerre contre la Prusse) pour que les nationalistes italiens sâemparent de Rome. En 1871, la ville devient enfin capitale de lâItalie unifiĂ©e. Seul bĂ©mol : quelques « terres irrĂ©dentes » (du Trentin, dâIstrie et de Dalmatie) ne font pas encore partie du royaume. Le plus dur est toutefois fait !
B) L’unification allemande (1848-1871)
âą Une petite ou une grande Allemagne ? En 1848, lâidĂ©e dâunir les peuples germaniques flotte dans lâair, mais ce nâest pas si simple… LâAutriche rĂȘve dâune Grande Allemagne, catholique et conservatrice, avec elle aux commandes. Mais la Prusse, protestante et ambitieuse, nâa pas dit son dernier mot. En 1850, elle lance le Zollverein, une union douaniĂšre sans lâAutriche (afin de faire du commerce un outil de domination). Guillaume Ier, roi de Prusse, veut toutefois passer Ă la vitesse supĂ©rieure : pour unifier les Ătats allemands, il modernise lâarmĂ©e et confie les rĂȘnes du gouvernement Ă Otto von Bismarck en 1862. Son objectif ? « LâunitĂ© ne se fera pas par des discours, mais par le fer et par le feu »… Ambiance ! Celui-ci enchaĂźne alors les victoires : il bat le Danemark en 1864 puis Ă©crase lâAutriche en 1866 Ă Sadowa. RĂ©sultat ? La ConfĂ©dĂ©ration germanique est dissoute, remplacĂ©e par la ConfĂ©dĂ©ration dâAllemagne du Nord entiĂšrement sous contrĂŽle prussien. Câest alors la Prusse qui mĂšne la danse !
âą La crĂ©ation de lâEmpire allemand. Bismarck nâen a toutefois pas fini : pour achever lâunitĂ© allemande, il doit encore convaincre les Ătats du Sud plutĂŽt catholiques et pas trĂšs motivĂ©s Ă lâidĂ©e de suivre la Prusse… Quoi donc de mieux quâune guerre pour souder tout le monde ? Quand une crise Ă©clate autour de la succession au trĂŽne dâEspagne, NapolĂ©on III sâinquiĂšte et exige que la Prusse renonce Ă y placer un prince prussien. Guillaume Ier accepte⊠mais Bismarck sâarrange pour reformuler la rĂ©ponse de maniĂšre bien piquante :
« Sa MajestĂ© a refusĂ© de revoir lâambassadeur et lui a fait dire, par lâadjudant de service, quâil nâa plus rien dâautre Ă lui communiquer »
Lâhumiliation est telle que la France dĂ©clare la guerre Ă la Prusse le 19 juillet 1870. Erreur fatale : la France est vite battue et NapolĂ©on III capturĂ©. Le 18 janvier 1871, lâEmpire allemand est mĂȘme proclamĂ© dans la galerie des Glaces Ă Versailles ! La cerise sur le gĂąteau ? LâAlsace et la Moselle sont annexĂ©es par lâAllemagne en mai 1871. DĂšs lors, une nouvelle carte de l’Europe se dessine : lâAllemagne devient la superpuissance du continent, relĂ©guant la France et lâAutriche au second plan…
L’ESSENTIEL â€ïž
â Sous le Second Empire, la France dâenrichie et sâindustrialise. Ce phĂ©nomĂšne est en partie organisĂ© et favorisĂ© par le pouvoir grĂące Ă une lĂ©gislation favorable au capitalisme industriel et financier. NapolĂ©on III soutient un secteur bancaire alors en plein essor, afin de favoriser la mĂ©canisation, la crĂ©ation dâinfrastructures de transport ainsi que lâinnovation.
â Personne n’attribue au seul NapolĂ©on III cette rĂ©ussite, mais tout le monde reconnaĂźt que l’empereur Ă instaurĂ© les conditions nĂ©cĂ©ssaires pour faire entrer la France dans la RI.
â Ces bouleversements Ă©conomiques entraĂźnent dâimportantes mutations sociales. Du fait de lâexode rural, la France sâurbanise progressivement, les villes sâagrandissent et certaines se dotent de nouveaux amĂ©nagements. Ceci est particuliĂšrement vrai Ă Paris avec le baron Haussmann qui modifie profondĂ©ment le visage de la capitale.
â Lâindustrialisation favorise lâessor de deux classes sociales. En position dominante, la bourgeoisie fournit les capitaux et dirige les entreprises qui font exploite un vaste monde ouvrier, en plein essor. MalgrĂ© son hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ©, ce dernier voit lâaffirmation dâune nouvelle classe sociale, unie par la misĂšre de sa condition de vie et de travail : la classe ouvriĂšre.
â « L’Empire c’est la paix » annonçait l’empereur en 1852. Pourtant…
DATES REPĂRES
⹠1853 : Haussmann est nommé préfet de la Seine
⹠1859 : Les lignes ferroviaires sont concédées à six compagnies privées
âą 1860 : NapolĂ©on III signe et impose un traitĂ© de libre-Ă©change avec l’Angleterre