LâAFFIRMATION DU ROI ET DE
L’ĂTAT EN FRANCE (1515-1715)
Au Moyen Ăge, le royaume de France nâest encore quâun territoire morcelĂ© et le pouvoir du roi est souvent contestĂ© par les grands seigneurs. Mais, Ă partir du 16e siĂšcle, lâĂtat devient plus fort : le royaume s’agrandit et les rois imposent progressivement leur autoritĂ©.
problématique centrale
Comment la monarchie française est-elle passĂ©e dâun pouvoir fĂ©odal Ă un Ătat centralisĂ© aux Temps modernes ?
1. FRANĂOIS Ier : « L’HEURE DU ROYAUME EST VENUE (1515-1547)
Comment François Ier contribue-t-il Ă façonner un Ătat moderne au dĂ©but de la Renaissance ?
A) Un roi aux pouvoirs forts mais encore limités
âą Un monarque qui dirige l’administration. En 1515, François Ier est sacrĂ© roi Ă Reims, comme les rois avant lui, ce qui fait de lui un roi de droit divin. Se faisant appeler « MajestĂ© », il est entourĂ© de conseillers et des Grands officiers de la couronne (membres de sa famille et les principaux nobles). Ă la tĂȘte de lâadministration centrale, il prend ainsi seul ses dĂ©cisions (Ă©dits, ordonnances), ce qui lui donne le monopole sur la loi et les impĂŽts. Ces dĂ©cisions sont ensuite enregistrĂ©es par les Parlements de province composĂ©s dâofficiers rendant la justice en son nom.
âą Un monarque qui contrĂŽle l’Ăglise. Le concordat de 1516 renforce Ă©galement l’autoritĂ© royale en assurant Ă François Ier la nomination du haut-clergĂ© (Ă©vĂȘques, abbĂ©s), sous rĂ©serve d’une confirmation par le pape. Cet accord est essentiel pour la monarchie car, Ă partir de cette date, les rois possĂšdent dĂ©sormais le contrĂŽle des hauts dignitaires du pouvoir temporel, ce qu’aucun autre seigneur ne peut faire en Europe.
âą Un monarque contestĂ©. Si François Ier dirige seul le royaume de France, les Grands officiers, nommĂ©s Ă vie et donc inamovibles, peuvent contraindre le roi dans ces dĂ©cisions : ce dernier doit donc traiter avec eux. Les Parlements de province peuvent Ă©galement exercer leur droit de remontrance en refusant d’enregistrer une dĂ©cision royale si cette derniĂšre est considĂ©rĂ©e comme incompatible avec le droit, les usages et les coutumes locales. Le roi de France ne possĂšde donc pas tous les pouvoirs au dĂ©but au 16e siĂšcle.
B) Un roi qui renforce son autoritĂ© et celle de l’Ătat
âą Un monarque de la Renaissance. François Ier est le principal artisan de la Renaissance en France. Monarque itinĂ©rant, c’est-Ă -dire qu’il se dĂ©place de chĂąteau en chĂąteau, il fait en effet construire de magnifiques palais sans finalitĂ© dĂ©fensive (comme celui de Chambord dans la vallĂ©e de la Loire) dans lesquels toute sa cour le suit. ComposĂ©e des « Grands » du royaume, de courtisans, de domestiques mais aussi d’artistes et d’humanistes (comme LĂ©onard de Vinci), celle-ci se retrouve sous son contrĂŽle dans ses demeures ou lors des parties de chasse qu’il organise.
âą Un monarque centralisateur. Le royaume est marquĂ© par une diversitĂ© linguistique (langues d’Oc et d’OĂŻl) et juridique. Si François Ier ne fait pas disparaitre ces multiples coutumes locales, il harmonise toutefois cet ensemble disparate : avec l’ordonnance de Villers-CotterĂȘts, diffusĂ©e grĂące Ă lâimprimerie, il impose en effet le français comme langue sur les documents officiels en 1539 face Ă la puissance du latin. François Ier en profite Ă©galement pour ordonner aux clercs de tenir des registres, marquant dĂšs lors l’Ă©tablissement d’une valeur lĂ©gale de certains documents (baptĂȘmes).
âą Extension du domaine royal. Afin de renforcer son pouvoir et d’Ă©tendre le domaine royal, François Ier dĂ©cide d’annexer de nombreux fiefs l’ayant trahi (comme le duchĂ© de Bourbon, passĂ© au service de lâempereur Charles Quint) et d’unifier dĂ©finitivement la Bretagne Ă la Couronne de France en 1532. Cette politique lui permet Ă la fois de dĂ©sarmer les derniĂšres rĂ©sistances fĂ©odales tout en prĂ©levant de nouveaux impĂŽts. Il n’y a dorĂ©navant plus aucun grand seigneur du royaume capable de s’opposer Ă lui, mĂȘme si certaines enclaves lui Ă©chappent encore, comme le Comtat Venaissin (Ătats pontificaux) ou le Charolais (Espagne), faisant ainsi de ton territoire un « royaume mosaĂŻque ».
C) Les ambitions extérieures du roi
âą Les ambitions italiennes. Comme ses prĂ©dĂ©cesseurs, François Ier a l’espoir d’Ă©largir les frontiĂšres du royaume en lançant des expĂ©ditions couteuses pour tenter de conquĂ©rir une partie de l’Italie, cĆur Ă©conomique de l’Europe qu’il revendique comme hĂ©ritage. Si sa victoire Ă Marignan en 1515 lui permet s’emparer du duchĂ© de Milan, il le perd en 1525 aprĂšs la lourde dĂ©faite de Pavie contre Charles Quint.
âą Les ambitions coloniales. Le roi finance Ă©galement des explorations afin d’obtenir de nouveaux territoires et de nouvelles ressources. Il charge ainsi Ă plusieurs reprises Jacques Cartier d’explorer le Nord de l’AmĂ©rique et d’y trouver un passage vers les Indes : celui-ci atteint le Canada en 1534 et s’empare des terres le long du fleuve Saint-Laurent pour le compte du roi.
2. HENRI IV : « LE ROYAUME VAUT BIEN UNE MESSE » (1589-1610)
Comment Henri IV rĂ©tablit-il lâautoritĂ© royale pendant les guerres de religion ?
A) Les guerres de religion en France
⹠Un royaume divisé. Les guerres de religion commencent en 1562 sous Charles IX et opposent les chefs protestants aux chefs catholiques les plus fanatiques. Les régions les plus marquées par le protestantisme se situent dans le Sud-Est entre Bordeaux et Toulouse, sur la façade Atlantique au niveau de La Rochelle ainsi que dans le Languedoc.
âą DiffĂ©rentes politiques royales. Les rois hĂ©sitent toutefois sur l’attitude Ă suivre pour rĂ©tablir l’ordre dans le royaume : si Charles IX fait massacrer les chefs protestants lors de la Saint-BarthĂ©lĂ©my en 1572, son successeur, Henri III, fait Ă l’inverse assassiner le duc de Guise, le chef de la ligue catholique en 1588 (avant d’ĂȘtre lui-mĂȘme assassinĂ© par un moine extrĂ©miste).
B) Henri IV rĂ©tablit la paix et l’ordre
⹠Un pouvoir monarchique contesté. Durant les guerres de religion, les rois sont de plus en plus impuissants à faire appliquer leurs édits et ordonnances. Les provinces protestantes et celles tenues par la Ligue catholique ne lui obéissent plus et ne lui versent plus les impÎts.
âą Un roi protestant ? En 1589, suite Ă l’assassinat d’Henri III, la couronne revient au protestant Henri de Navarre, qui prend le nom d’Henri IV. Pour se faire accepter de ses sujets, il se convertit au catholicisme en 1593 et se fait sacrer Ă Chartres.
âą La fin des guerres de religion. Le principal souci d’Henri IV est de mettre fin aux guerres civiles. En 1598, il signe l’Ă©dit de Nantes qui accorde la libertĂ© de culte aux protestants. La paix revient alors mais, en 1610, il est Ă son tour poignardĂ© par un catholique fanatique, Ravaillac.
3. LOUIS XIV : « JE M’EN VAIS ET L’ĂTAT DEMEURERA TOUJOURS » (1643-1715)
Comment Louis XIV incarne-t-il et renforce-t-il le modĂšle de la monarchie absolue ?
A) Un roi au pouvoir quasi absolu
âą Une administration soumise. Durant le vivant de Mazarin, Louis XIV n’a que peu de rĂŽle dans le gouvernement mais Ă la mort du Cardinal en 1661, il dĂ©cide de gouverner seul sans Premier ministre : « l’Ătat, c’est moi » dĂ©clare-t-il ! Se considĂ©rant comme Ă©tant le lieutenant de Dieu sur Terre, il ne rend de compte Ă personne et exerce un pouvoir quasi absolu. Afin d’accroitre son pouvoir sur aristocratie, Louis XIV rĂ©duit Ă©galement les charges occupĂ©es dans son gouvernement par la haute noblesse et s’entoure de conseillers spĂ©cialisĂ©s, de ministres et de secrĂ©taires d’Ătat rĂ©vocables : ces derniers ont tous des fonctions prĂ©cises et sont Ă la tĂȘte d’une administration de plus en plus Ă©toffĂ©e.
âą Une noblesse domestiquĂ©e. Pour museler les Grands du royaume, Louis XVI les attire dans son nouveau palais Ă Versailles oĂč il s’y installe dĂ©finitivement Ă partir de 1682 avec ses courtisans et artistes. Dans la nouvelle capitale, l’Ă©tiquette et le cĂ©rĂ©monial de cour, centrĂ©s sur la seule personne du monarque, tendent Ă le glorifier autour de la figure du « Roi-Soleil » et les nobles s’y disputent pour exercer une fonction au sein le maison du roi. Il les flatte, les divertit, les dĂ©core et leur verse des pensions, ce qui permet de les surveiller : ainsi, bien qu’ils n’exercent plus de charges politiques majeures, les nobles ne tentent plus de se rĂ©volter.
âą Des provinces contrĂŽlĂ©es. Le rĂšgne de Louis XIV est, du moins en apparence, celui d’un « roi-Ătat ». En effet, il prive les Parlements de leur pouvoir politique : Ă partir de 1673, il leur est en effet dĂ©sormais interdit de lui prĂ©senter des remontrances. Il s’appuie Ă©galement sur les intendants dans les provinces, installĂ©s de façon permanente depuis 1643 : rĂ©vocables eux aussi, ces derniers imposent l’autoritĂ© royale dans tout le royaume. Ils contrĂŽlent les officiers peu obĂ©issants (car propriĂ©taires de leurs charges hĂ©rĂ©ditaires), ils font appliquer les Ă©dits et ordonnances royales, ils surveillent la levĂ©e des impĂŽts et ils prĂ©sident les assemblĂ©es des villes.
B) Un roi guerrier
âą La guerre permanente. MenacĂ©e par le royaume d’Espagne et le Saint-Empire de Charles Quint, Louis XIV souhaite faire de la France la premiĂšre puissance europĂ©enne. Ainsi, durant les cinquante-quatre ans de son rĂšgne, la France connait vingt-neuf ans de guerres : elles permettent au roi de renforcer sa gloire et son autoritĂ©, tant en France qu’Ă l’extĂ©rieur.
âą Une politique extĂ©rieure ambitieuse. Les effectifs de l’armĂ©e (composĂ©e de mercenaires professionnels) augmentent fortement, passant en temps de guerre de 230 000 soldats en 1668 Ă 630 000 Ă la fin de son rĂšgne. Au cours de ses guerres, Louis XIV annexe des territoires principalement situĂ©s au Nord et Ă l’Est du royaume. Dans les rĂ©gions conquises, il fait fortifier environ 300 villes par son ministre Vauban afin d’empĂȘcher toute reconquĂȘte. Le royaume sort toutefois Ă©puisĂ© de ces guerres ruineuses en argent et en hommes : « j’ai trop aimĂ© la guerre » dit Louis XIV dans son testament.
C) Un roi et une foi
âą La fin de la libertĂ© de culte. Les protestants reprĂ©sentent environ 10 % de la population mais Louis XIV supporte mal la prĂ©sence du « pĂ©ril huguenot ». Il n’a en effet pas la mĂȘme autoritĂ© sur ces derniers et estime que la division religieuse nuit Ă l’unitĂ© de son royaume. En 1685, avec l’Ă©dit de Fontainebleau, il dĂ©cide ainsi de rĂ©voquer de l’Ă©dit de Nantes et cette dĂ©cision s’accompagne de persĂ©cutions et de conversions forcĂ©es : les temples sont dĂ©truits, le culte rĂ©formĂ© est interdit et des soldats de l’armĂ©e s’installent chez des protestants rĂ©tifs afin d’exercer des violences et des humiliations sur eux (dragonnades).
âą L’Ă©migration protestante. PrĂšs de 250 000 huguenots quittent ainsi la France plutĂŽt que de ne plus pouvoir pratiquer leur religion, soit 1/5 des rĂ©formĂ©s, pour se rĂ©fugier dans les pays voisins (Saint-Empire, Pays-Bas…) ou bien dans les colonies anglaises d’AmĂ©rique. Le dĂ©part de ces protestants accroĂźt toutefois les difficultĂ©s Ă©conomiques du royaume car la majoritĂ© d’entre eux exerce les mĂ©tiers les plus productifs (armateurs, nĂ©gociants, juristes, officiers, universitaires…).
L’ESSENTIEL â€ïž
â Ă la diffĂ©rence de ses prĂ©dĂ©cesseurs du Moyen Ăge, François Ier dĂ©tient un pouvoir fort : roi de droit divin, il est Ă la tĂȘte de l’administration centrale et dĂ©cide des lois et des impĂŽts. Il a Ă©galement le pouvoir de nommer les responsables de l’Ăglise dans son royaume et impose le français comme langue des documents officiels face au latin. Toutefois, malgrĂ© l’annexion de fiefs rebelles, le royaume, marquĂ© par une diversitĂ© linguistique et juridique, reste encore divisĂ© entre domaine royal, fiefs autonomes et enclaves Ă©trangĂšres. Les Parlements (qui enregistrent les dĂ©cisions royales en province) peuvent Ă©galement s’opposer au roi. François Ier est donc un roi puissant par rapports Ă ces ancĂȘtres mais il ne dĂ©tient pas encore tous les pouvoirs.
â Henri IV joue un rĂŽle essentiel dans la transition entre un royaume divisĂ© par des conflits religieux et un Ătat centralisĂ©. Par des mesures Ă©conomiques et administratives audacieuses, il pacifie la France, renforce l’autoritĂ© royale et Ă©tablit les bases d’une monarchie plus forte et plus centralisĂ©e. Sa politique de tolĂ©rance religieuse et son soutien Ă lâagriculture permettent au royaume de se relever des guerres de Religion.
â Louis XIV va encore plus loin en imposant un pouvoir presque absolu : « l’Ătat, c’est moi » dĂ©clare-t-il ! Il rĂ©duit ainsi les charges occupĂ©es par la haute noblesse qu’il distrait et surveille depuis Versailles, s’entoure de conseillers rĂ©vocables et impose des intendants dans toutes les provinces du royaume afin d’imposer son autoritĂ© (et limiter par la mĂȘme occasion celle des Parlements qui ne peuvent plus exercer leur droit de remontrance). Militairement, Louis XIV entraine la France dans une situation de guerre permanente, ce qui lui permet d’agrandir son royaume, principalement au Nord et Ă l’Est, au prix d’un lourd endettement. Religieusement, il rĂ©voque l’Ă©dit de Nantes, ce qui provoque le dĂ©parts de milliers de protestants hors du royaume, ce qui n’arrange rien aux finances de l’Ătat…
DATES REPĂRES
⹠1515 : François Ier devient roi de France et est sacré à Reims
⹠1539 : François Ier impose le français et interdit le culte protestant
⹠1661 : Début du rÚgne personnel de Louis XIV
âą 1685 : Louis XIV rĂ©voque l’Ă©dit de Nantes
âą 1715 : Mort de Louis XIV