MÉTROPOLES ET COLONIES SOUS LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
Si la première moitié du 19e siècle connait un mouvement de décolonisation en Amérique latine où plusieurs pays obtiennent leur indépendance de l’Espagne et du Portugal (comme le Mexique en 1821 et le Brésil en 1822), la deuxième moitié du 19e siècle est quant à elle marquée par une seconde vague de colonisation, notamment en Afrique et en Asie. Cette dernière s’illustre notamment par une « course aux colonies » qui remodèle profondément le Monde tout en déstabilisant durablement les sociétés colonisées. La France de la Troisième République y prend part, colonisant des territoires dans lesquels elle affirme servir autant les intérêts de la métropole que l’émancipation des populations locales… Cependant, la manière dont l’Empire est administré invite à interroger sur la portée réelle de cette mission civilisatrice revendiquée.
problématique centrale
Comment la colonisation transforme-t-elle les sociétés colonisées et les métropoles au 19e siècle ?
1. LE MONDE (RE)DEVIENT EUROPÉEN
Comment l’Europe impose-t-elle sa domination sur le Monde ?
A) La relance des conquêtes coloniales
• Un vaste empire colonial en 1870. Lorsque la monarchie est rétablie en 1815, la France possède seulement les Antilles et quelques comptoirs en Afrique. En 1870, la Troisième République hérite en revanche d’un empire colonial plus grand, avec l’Algérie (prise en 1830), la Cochinchine (1862), le Cambodge (1863), le Sénégal (1865), la Réunion (1865) ainsi que quelques territoires en Inde conquis sous la Restauration et sous l’Empire.
• Un empire colonial en expansion. L’expansion coloniale s’accélère ainsi à partir de années 1880-1890 : la Tunisie (1881), toute l’Indochine (1887), Madagascar (1896) et l’Afrique occidentale française (1895) sont intégrés à l’empire : c’est la « course aux colonies » entre les puissances européennes. L’expansion française s’achève avec la mise en place du protectorat sur le Maroc (1912). Ces conquêtes sont toutefois violentes : de 1870 à 1914, la France participe ainsi à une quarantaine de conflits en Afrique. La pacification des territoires colonisés n’est jamais totalement réalisées et les résistances à l’impérialisme sont nombreuses.
• Le rôle des explorateurs européens. Les explorateurs européens sont souvent de riches aventuriers instruits, envoyés par un gouvernement ou une société savante (comme la Société de géographie). Ce sont souvent les premiers à pénétrer dans ces régions qu’ils ne connaissent pas encore : leur objectif est alors de cartographier ces territoires, rivières et montagnes, et de recenser les populations locales. Ces informations stratégiques servent ensuite de base aux futures conquêtes militaires et aux implantations coloniales.d
B) Le deuxième empire colonial mondial
• Un grand empire colonial. En 1870, l’empire colonial français réunit 5,5 millions d’habitants sur près d’un million de km2. En 1914, ce sont désormais 48 millions d’habitants qui vivent sur 11 millions de km2. La France possède ainsi le deuxième empire colonial et possède avec le Royaume-Uni plus d’un tiers des terres émergées.
• Une diversité des statuts. Les territoires colonisés n’ont pas tous le même statut : certains sont des colonies (Algérie, Madagascar), d’autres des protectorat (Tunisie, Maroc). L’Algérie est une colonie de peuplement avec plus de 500 000 colons en 1914 ; tous les autres territoires sont des colonies d’exploitation. En effet, les Français sont très minoritaires dans ces territoires : 0,1 % de la population en Indochine, 0,2 % en AOF…). Ces territoires sont donc sous-administrés et le manque de fonctionnaire favorise les arrangements locaux et l’usage d’une violence arbitraire.
C) Une République coloniale
• Une République coloniale. L’expansion coloniale sous la Troisième République n’est pas un accident et n’est pas seulement liée aux intérêts de la bourgeoisie ou de l’armée : elle fait partie des idées principales des Républicains à la fin du 19e siècle comme l’explique Jules Ferry en 1885. La République valide en effet sa « mission civilisatrice » : pour les républicains qui soutiennent la colonisation, il s’agit d’apporter la civilisation outre-mer. Ils ne voient cependant pas la contradiction morale qui existe entre les idéaux républicains (liberté, égalité, fraternité) et la soumission des indigènes à la puissance française…
2. L’ALGÉRIE, UNE COLONIE DE PEUPLEMENT
Comment la présence française transforme-t-elle profondément la société algérienne ?
A) La conquête de l’Algérie
• 1830, le début de la conquête. Au début du 19e siècle, l’Algérie est un territoire plus ou moins autonome de l’Empire ottoman. En 1827, un incident diplomatique (le Dey d’Alger frappe le consul français avec un éventail) sert de prétexte à la France pour intervenir militairement. Ainsi, en juillet 1830, l’armée française prend la ville d’Alger. Bien que la monarchie change en France, la conquête se poursuit.
• Une conquête longue. Dans le Nord de l’Algérie, l’armée occupe le terrain pour en faire une colonie de peuplement : elle installe des postes militaires et établit les colons. La présence française se précise mais se révèle longue et difficile car des mouvements de résistance s’organisent, notamment autour d’Abd el-Kader qui mène une lutte acharnée de 1832 à 1847 avant de se rendre. D’autres régions, comme la Kabylie, résistent également jusqu’en 1871.
• Crimes et exactions contre les Algériens. La conquête de l’Algérie n’est pas une simple opération militaire mais une guerre coloniale marquée par des crimes de guerre : massacres de civils accusés de soutenir la résistance, populations déportées, enfumades, pillages de villages, tortures, violences physiques et famines provoquées…
B) La mise en place d’un régime colonial
• L’accaparation des richesses. Une fois le contrôle militaire établi, l’Algérie est progressivement intégrée au territoire français et divisée en trois départements dès 1848 : Alger, Oran et Constantine. La France y installe alors une véritable colonisation de peuplement : des millions d’hectares de terres sont confisqués aux populations locales au profit de colons européens, appelés « pieds-noirs » et venus principalement de France et d’Espagne.
• L’Algérie, une opportunité pour les colons. En s’installant en Algérie, le niveau de vie des colons européens s’améliore. Motivés par l’abondance des produits agricoles, ils obtiennent en effet les meilleures terres ainsi que les meilleurs postes. Pour faciliter leur exploitation, l’État fait construire des lignes de chemin de fer, des routes ainsi que des ports afin d’exporter les matières premières vers la métropole.
• La domination coloniale. Le territoire algérien devient ainsi un territoire très inégalitaire : les colons, qui vivent sur leurs domaines agricoles ou dans les quartiers européens des villes, bénéficient de tous les droits civiques ; à l’inverse, les Algériens sont soumis au Code de l’indigénat, un régime discriminatoire et raciste qui les prive de la plupart des libertés fondamentales (humiliations, travail forcé, condamnations sans jugement). La conquête de l’Algérie entraîne donc une profonde transformation du pays : démantèlement des structures sociales traditionnelles, expropriations massives, famines, marginalisation de la population locale et racisme d’État… Elle marque le début d’une longue colonisation française qui ne prendra fin qu’en 1962 avec la guerre d’indépendance.
L’ESSENTIEL ❤️
⇒ Entre 1870 et 1914, la Troisième République conquiert le second empire colonial du Monde derrière l’Empire britannique, assurant ainsi la position géopolitique et économique de la France sur tous les continents. Les critiques, fortes au début de la période, s’atténuent peu à peu.
⇒ L’intégration des territoires coloniaux varie selon qu’il s’agit de protectorats, de colonies ou de départements français. Tous sont contrôlés par une administration coloniale qui a pour mission de mettre en valeur leurs colonies en imposant, le plus souvent de manière violente, des transformations économiques et sociales. Le racisme l’emporte en effet sur la « mission civilisatrice » revendiquée par la Troisième République.
DATES REPÈRES
• 1830-1847 : conquête de l’Algérie
• 1881 : création du code de l’Indigénat en Algérie et Cochinchine
• 1885 : débat entre Ferry et Clemenceau