LA DĂCOUVERTE DU « NOUVEAU MONDE » ET SES CONSĂQUENCES
La fin du 15e siĂšcle marque une Ă©tape dĂ©cisive dans lâHistoire de lâhumanitĂ© avec les grandes explorations maritimes europĂ©ennes. En 1492, lâexpĂ©dition menĂ©e par Christophe Colomb, sous le patronage des souverains espagnols Isabelle de Castille et Ferdinand dâAragon, inaugure en effet une Ăšre nouvelle en atteignant les rivages dâun continent inconnu des EuropĂ©ens : le « nouveau Monde ». Cet Ă©vĂ©nement, souvent perçu comme le point de dĂ©part de la mondialisation, bouleverse non seulement les Ă©quilibres gĂ©opolitiques, mais aussi les dimensions Ă©conomiques, sociales et culturelles des sociĂ©tĂ©s europĂ©ennes, amĂ©rindiennes et africaines…
problématique centrale
Comment les Européens élargissent-ils et bouleversent-ils le Monde aux 15e et 16e siÚcles ?
1. LA DĂCOUVERTE ET LA CONQUĂTE DE LâAMĂRIQUE PAR LES EUROPĂENS
Comment les Européens élargissent-ils leur Monde par la force et la violence ?
A) La découverte du Monde des Européens
âą Une ouverture contrainte. Le monde des EuropĂ©ens est centrĂ© sur la MĂ©diterranĂ©e mais, en 1453, la prise de Constantinople par les Ottomans achĂšve le moribond Empire byzantin et pousse les EuropĂ©ens Ă chercher de nouvelles routes maritimes pour atteindre lâAsie et ses Ă©pices.
âą Un monde qui sâĂ©largit. Le Monde connu des EuropĂ©ens sâĂ©largit donc progressivement Ă partir du 15e siĂšcle : en 1488, Dias (Portugais) atteint le Sud de lâAfrique ; en 1492, Christophe Colomb (pour le compte de lâEspagne) dĂ©couvre lâAmĂ©rique sans pour autant prendre encore conscience dâavoir dĂ©couvert un nouveau continent ; en 1498, Vasco de Gama (Portugais) atteint lâAsie par la mer en passant par lâEst ; en 1500, Cabral (Portugais) arrive au BrĂ©sil ; et en 1521, lâexpĂ©dition espagnole de Magellan (Espagnol) rejoint lâAsie par lâOuest et rĂ©alise ainsi le premier tour du Monde.
âą La conquĂȘte de lâAmĂ©rique par les Espagnols. AprĂšs leurs premiĂšres dĂ©couvertes, les Espagnols se lancent Ă la conquĂȘte de lâAmĂ©rique. Ils occupent dâabord les Ăźles des CaraĂŻbes ; puis le conquistador Hernan CortĂšs sâempare de lâempire AztĂšque au Mexique (1519-1521) ; enfin un autre conquistador, Pizzaro, informĂ© de lâabondance dâor dans lâactuel PĂ©rou, renverse lâempire Inca (1531-1533).
B) Des justifications diverses
âą Des motivations Ă©conomiques. La quĂȘte de richesses constitue une des principales motivations des explorateurs espagnols. Les rĂ©cits des premiers voyages de Christophe Colomb et de ses successeurs dĂ©crivent un continent regorgeant de ressources prĂ©cieuses, notamment lâor et lâargent. Ces mĂ©taux prĂ©cieux sont convoitĂ©s pour renforcer le pouvoir Ă©conomique des royaumes europĂ©ens et financer leurs ambitions politiques. De plus, lâAmĂ©rique reprĂ©sente un potentiel immense pour l’exploitation agricole et lâimplantation de systĂšmes coloniaux fondĂ©s sur lâexploitation des terres et des populations amĂ©rindiennes.
âą Des motivations religieuses. La conquĂȘte de lâAmĂ©rique sâinscrit Ă©galement dans un projet religieux, encouragĂ© par la monarchie espagnole, qui se considĂšre comme la championne du catholicisme (suite Ă la Reconquista). Les Espagnols se donnent alors pour mission de convertir les populations amĂ©rindiennes au christianisme, souvent par la force. Ce zĂšle Ă©vangĂ©lisateur est soutenu par le pape qui voit une occasion d’Ă©tendre son influence Ă l’Ă©chelle mondiale.
2. LES PREMIĂRES COLONIES EUROPĂENNES ET MONDIALISATION
Comment lâouverture vers lâAtlantique encourage-t-elle lâessor du capitalisme ?
A) Le partage du Monde et la constitution dâempires coloniaux
âą Le partage du Monde. Afin dâĂ©viter une guerre fratricide, et avec lâaccord du pape, les royaumes dâEspagne et du Portugal se partagent donc les nouvelles terres dĂ©couvertes (et Ă dĂ©couvrir) en signant le traitĂ© de Tordesillas en 1494 (ce traitĂ© est toutefois contestĂ© par la France et par lâAngleterre). Une ligne imaginaire est ainsi tracĂ©e de façon arbitraire, du pĂŽle Nord au pĂŽle Sud, Ă environ 2 000 km Ă l’ouest des Ăźles du Cap-Vert dans l’ocĂ©an Atlantique : Ă lâOuest de cette ligne, les terres reviennent Ă lâEspagne ; Ă lâEst de cette ligne, les terres reviennent au Portugal.
âą Deux ambitions diffĂ©rentes. LâEspagne se concentre alors sur la conquĂȘte de lâAmĂ©rique tandis que le Portugal renforce ses routes maritimes vers lâAfrique et lâInde, et revendique le territoire qui deviendra plus tard le BrĂ©sil (situĂ© Ă l’Est de la ligne).
B) La mise en place dâune premiĂšre mondialisation
âą Une « Ă©conomie-monde ». DĂ©sormais prĂ©sents sur trois autres continents, les EuropĂ©ens mettent en place une « Ă©conomie-monde » : ils exploitent intensĂ©ment les ressources locales (Ă©pices en Asie, mĂ©taux, tabac et canne Ă sucre en AmĂ©rique), ce qui encourage le commerce international et lâenrichissement individuel des marchands : câest le dĂ©but de la premiĂšre mondialisation et de lâessor du capitalisme.
âą Lâexploitation des ressources. Les territoires conquis sont exploitĂ©s par les EuropĂ©ens. Des mines sont ainsi creusĂ©es pour extraire des minerais dâor et dâargent et les cultures tropicales traditionnelles sont Ă©tendues pour devenir lâobjet dâun commerce avec lâEurope (coton, tabac, cafĂ©, cacaoâŠ). Toutes ces productions sont ensuite exportĂ©es vers lâEurope oĂč elles sont vendues trĂšs cher.
âą Lâessor des ports de lâAtlantique. Ce nouveau commerce favorise lâessor des ports de lâAtlantique : SĂ©ville, Lisbonne mais aussi Anvers et Amsterdam qui redistribuent en Europe du Nord les produits qui arrivent dans les ports ibĂ©riques. En revanche, les ports mĂ©diterranĂ©ens commencent Ă dĂ©cliner, comme ceux de Venise et de GĂȘnes (qui doivent passer par des intermĂ©diaires musulmans pour se procurer des Ă©pices).
C) Les progrĂšs de la connaissance du Monde
âą De nouveaux savoirs. Avec ces dĂ©couvertes, la connaissance du Monde fait dâimportant progrĂšs. Les EuropĂ©ens dĂ©couvrent un continent quâils ne connaissaient pas, de nouvelles routes maritimes ainsi que les civilisations amĂ©rindiennes. Ils font aussi la connaissance de nouvelles plantes et animaux, dont certains passent dâAmĂ©rique Ă lâEurope (pomme de terre, maĂŻs, tomateâŠ) tandis que dâautres dont le chemin inverse (bĆuf, mouton). Les EuropĂ©ens rĂ©alisent alors des cartes du Monde de plus en plus exactes.
âą De nouveaux horizons. En Europe, les dĂ©couvertes remettent en question des opinions admises et entraĂźnent un dĂ©veloppement de lâesprit critique. Elles prouvent que le Monde nâest pas figĂ© et que lâhumain est capable de grands progrĂšs en mĂȘme temps quâil commet des actes de barbarie.
3. LES CONSĂQUENCES DĂSASTREUSES POUR LES NON-EUROPĂENS
Quelles sont les conséquences des « Grandes découvertes » pour les non-Européens ?
A) Des bouleversements terribles dans les territoires conquis
âą Un Ă©norme gĂ©nocide. Les violences commises lors des guerres de conquĂȘte dĂ©ciment les populations amĂ©rindiennes. Elles sont Ă©galement victimes du choc microbien en raison des maladies venues dâEurope contre lesquelles elles ne sont pas immunisĂ©es (comme la variole et la grippe). Les populations dâAmĂ©rique du Sud passent ainsi de 50 millions dâhabitants en 1492 Ă 8 millions un siĂšcle et demi plus tard.
âą Des AmĂ©rindiens mis au travail. Les populations amĂ©rindiennes restantes sont progressivement soumises Ă des mesures de travaux forcĂ©s. Afin dâasseoir leur domination et dâĂ©viter les rĂ©voltes, les Espagnols cherchent Ă sâappuyer sur les Ă©lites locales traditionnelles pour mettre en place un systĂšme qui leur permet lâexploitation des mines.
âą Lâacculturation des AmĂ©rindiens. Ces conquĂȘtes aboutissent Ă des formes dâacculturation. Des missionnaires europĂ©ens traversent lâocĂ©an pour Ă©vangĂ©liser les populations dâAmĂ©rique. Des baptĂȘmes forcĂ©s et des mariages mixtes avec des colons sont imposĂ©s afin de christianiser les populations autochtones, et les temples polythĂ©istes sont dĂ©truits.
B) Les débuts des plantations et de la traite atlantique
âą Les plantations. Au BrĂ©sil, Ă partir de 1550, les Portugais fondent de grandes plantations de canne Ă sucre (les sesmarias). LâĂ©conomie sucriĂšre prend alors son essor. Puisquâil ne reste que peu dâAmĂ©rindiens, les colons dĂ©portent alors par millions des esclaves dâAfrique afin de les faire travailler dans les plantations.
âą La traite atlantique. Au 16e siĂšcle, les Portugais sont encore les seuls Ă pratiquer la traite atlantique. Leurs navires nĂ©griers Ă©changent divers produits (sucre, alcools, tissus, pacotillesâŠ) contre des esclaves du Golfe de GuinĂ©e ou de lâAngola. Ces derniers sont ensuite vendus dans lâempire espagnol et au BrĂ©sil. Avec lâessor de lâĂ©conomie sucriĂšre, les navires nĂ©griers deviennent de plus en plus nombreux Ă se rendre dans les ports brĂ©siliens : câest donc le dĂ©but dâun commerce triangulaire entre lâEurope, lâAfrique et lâAmĂ©rique du Sud.
⹠Un voyage souvent mortel. Les esclaves transportés sont surtout des hommes, mais également des femmes et enfants. à cause des conditions inhumaines, des mauvais traitements et des maladies, la traversée atlantique est souvent mortelle.
C) Le sentiment de supériorité des Européens
âą Religieusement. Les EuropĂ©ens, notamment les Espagnols et les Portugais, considĂšrent le christianisme comme Ă©tant la seule « vraie » religion et voient dans les cultures amĂ©rindiennes des pratiques paĂŻennes quâil faut Ă©radiquer.
âą Culturellement. Les EuropĂ©ens considĂšrent leurs propres modes de vie, leurs institutions politiques et leurs connaissances scientifiques comme Ă©tant supĂ©rieurs. Ă lâinverse, ils perçoivent les sociĂ©tĂ©s amĂ©rindiennes comme « primitives » ou « sauvages », dĂ©valorisant alors leurs traditions et leurs savoirs.
âą Technologiquement. La possession dâarmes Ă feu, de chevaux et de navires avancĂ©s renforce lâidĂ©e que les EuropĂ©ens sont supĂ©rieurs. Ces outils, inconnus des peuples amĂ©rindiens, sont utilisĂ©s non seulement pour conquĂ©rir mais aussi pour intimider.
âą La hiĂ©rarchie des « races ». Câest ainsi que les premiĂšres thĂ©ories raciales apparaissent : les EuropĂ©ens commencent Ă classer les peuples en fonction de critĂšres physiques, culturels et religieux, plaçant Ă©videmment les EuropĂ©ens au sommet dâune hiĂ©rarchie inventĂ©e.
L’ESSENTIEL â€ïž
â Au 15e siĂšcle, les EuropĂ©ens font la dĂ©couverte et la conquĂȘte de lâAmĂ©rique afin dâexploiter ses richesses en or et argent. Ces expĂ©ditions sont motivĂ©es par des intĂ©rĂȘts Ă©conomiques mais Ă©galement religieux. Les EuropĂ©ens imposent ainsi leur domination sur le « nouveau Monde », ce qui marque un tournant dans lâHistoire de lâhumanitĂ©.
â Avec le traitĂ© de Tordesillas de 1494, les royaumes espagnol et portugais se partagent les terres dĂ©couvertes, initiant ainsi une premiĂšre mondialisation fondĂ©e sur lâexploitation des ressources et des humains. Ceci favorise lâessor des ports atlantiques, le capitalisme marchand ainsi que les progrĂšs dans la connaissance du Monde.
â La conquĂȘte europĂ©enne a toutefois des consĂ©quences dĂ©sastreuses pour les populations non-europĂ©ennes, notamment Ă cause du gĂ©nocide liĂ© aux violences, aux maladies et Ă lâexploitation forcĂ©e des AmĂ©rindiens. Cette Ă©conomie coloniale sâappuie sur la dĂ©portation de millions dâAfricains vers lâAmĂ©rique.
DATES REPĂRES
âą 1492 : dĂ©couverte de lâAmĂ©rique par Christophe Colomb
⹠1494 : traité de Tordesillas