RENAISSANCE, HUMANISME ET
RÉFORMES RELIGIEUSES EN EUROPE
Au Moyen Âge, la vie culturelle et intellectuelle en Europe est étroitement contrôlée par l’Église catholique. Toutefois, amorcés dans la péninsule italienne dès la fin du 14e siècle, l’humanisme et son versant artistique, la Renaissance, se répandent progressivement aux 15e et 16e siècles dans certaines régions d’Europe et renouvèlent les manières de penser le Monde. Ces mouvements se développent grâce à des mécènes (comme Laurent de Médicis), à des inventions (comme l’imprimerie) et à des techniques nouvelles (comme la perspective). En prônant ainsi la remise en cause des traditions médiévales, ils suscitent une nouvelle vision de l’humain et contribuent ainsi aux réformes protestantes en 1517.
problématique centrale
Comment les Européens renouvèlent-ils leur vision du Monde au 15e et 16e siècles ?
1. L’HUMANISME, UNE VISION RENOUVELÉE DE L’HUMAIN AU 15e SIÈCLE
Comment les humanistes rompent-ils progressivement avec les pratiques du Moyen Âge ?
A) La rupture avec le Moyen Âge
• La chute de Constantinople. Après la prise de Constantinople par les Ottomans en 1453, des savants grecs s’installent dans la péninsule italienne, notamment dans la ville de Venise, et emportent avec eux des manuscrits de l’Antiquité grecque. Des intellectuels (nommés humanistes) se mettent alors à étudier ces œuvres de l’Antiquité oubliées ou négligées en en proposant de nouvelles traductions.
• La redécouverte de l’Antiquité. Les humanistes se définissent donc en opposition avec l’époque précédente (qualifiée de « barbare » et, plus tard, de « Moyen Âge ») et dénoncent la connaissance imparfaite des textes de l’Antiquité qu’ils idéalisent. Ainsi, puisant leur inspiration chez les Anciens (comme Platon, Cicéron et Plutarque), les humanistes approfondissent leur apprentissage de l’hébreu, du grec et du latin des origines.
B) Le renouvellement de la pensée
• La péninsule italienne. Ce renouveau intellectuel naît d’abord dans la péninsule italienne. À la fin du Moyen Âge, vers 1450, l’Italie n’est en effet pas un pays uni mais correspond à une multitude de petits États formés par de puissantes villes (comme Venise, Milan, Florence ou Rome) enrichies grâce au commerce, dans lesquelles des princes encouragent l’humanisme.
• L’humain au centre des préoccupations. Si la pensée de Saint-Augustin était très représentative de la manière de vivre au Moyen Âge (toute chose de la vie est déterminée par la volonté de Dieu), les humanistes, à la manière des Anciens, mettent à l’inverse l’humain au centre de leurs préoccupations. Ils donnent ainsi un grande importance à la vie, au plaisir et sont curieux de tout. L’éducation et les études leur semblent être le meilleur moyen d’apporter le bonheur et de faire progresser l’humanité.
• Le développement des sciences. Certains humanistes cherchent également à faire progresser les sciences. Le Polonais Copernic développe la théorie selon laquelle la Terre tourne autour du Soleil, ce qui allait à l’encontre de l’idée admise de la Terre comme centre de l’univers. Le Flamand Vésale perfectionne quant à lui l’anatomie en disséquant des cadavres, ce qui était interdit. Les progrès sont toutefois lents à cause de l’opposition de l’Église aux nouvelles idées et des mentalités encore très superstitieuses (on croit par exemple encore à la sorcellerie).
C) La diffusion de l’humanisme en Europe
• L’imprimerie. D’abord limité à l’Italie, l’humanisme se diffuse progressivement en Europe (aux Pays-Bas, en Allemagne et en France), notamment grâce à l’imprimerie à caractères mobiles inventée par Gutenberg vers 1455 à Mayence. Le support en papier remplace en effet le parchemin beaucoup plus couteux, ce qui permet d’augmenter la production de livres (15 millions de livres imprimés au 15e siècle, 200 millions au 16e siècle). Ainsi, avec le livre imprimé, les traductions et les œuvres des humanistes obtiennent une grande audience après des bourgeois et des nobles européens.
2. L’ARTISTE DE LA RENAISSANCE AU SERVICE DU PRINCE-MÉCÈNE
Pourquoi les princes s’entourent-ils d’artistes ?
A) L’artiste : de l’artisan au créateur
• Le statut de l’artiste. Il n’existe pas encore de différence fondamentale entre l’artiste et l’artisan au Moyen Âge : tous deux sont socialement peu considérés. Mais, progressivement, l’artiste de la Renaissance obtient la reconnaissance de son talent. À l’exemple de Léonard de Vinci, celui-ci rompt petit à petit avec la figure de l’artisan en s’affirmant comme un créateur par la diversité de ses capacités (à la fois ingénieur et artiste).
B) La relation entre les princes et les artistes
• L’Italie, le foyer de la Renaissance. À la fin du Moyen Âge, l’Italie n’est pas un pays uni mais correspond à une multitude de petits États formés de villes (comme Venise, Milan, Florence ou Rome) riches grâce au commerce et concurrentes les unes aux autres.
• Le mécénat. L’art ne sert pas seulement aux plaisirs princiers. En fondant des églises et en se faisant représenter en mages aux pieds de la Vierge, les Médicis mêlent intimement dévotion, mécénat et propagande. Cette démarche s’adresse aussi bien à Dieu qu’aux fidèles qui fréquentent cette église, lieu public par excellence. Le prince s’y affiche sous son meilleur jour, pieux, généreux donateur et protecteur de son peuple.
3. UN MONDE CHRÉTIEN QUI CHANGE ET QUI SE FRACTURE AU 16e SIÈCLE
Comment les protestants bouleversent-ils intellectuellement l’Europe ?
A) Martin Luther ouvre la voie des réformes protestantes
• Une critique du clergé. À la fin du 15e siècle, les humanistes sont très croyants et se questionnent sur la meilleure façon d’obtenir leur salut. Ils traduisent ainsi le Nouveau Testament et constatent que l’Église s’éloigne des textes originaux. Ils se mettent alors à défendre un christianisme plus simple fondé sur une meilleure connaissance des textes bibliques. Ainsi, pour un certain nombre d’entre eux, l’Église ne remplit plus son rôle, accusant ainsi les curés d’être des ignorants sans morale, les évêques et abbés de penser qu’à s’enrichir, et les papes de se comporter comme des rois au lieu de se consacrer à la religion.
• Martin Luther et de début des réformes. Au début du 16e siècle, le pape Léon X fait vendre des indulgences afin de pouvoir faire construire la basilique Saint-Pierre à Rome. En 1517, dans ses 95 thèses, le moine allemand Martin Luther dénonce les pratiques du pape qui font du salut une affaire d’argent. Ce dernier est alors excommunié mais réagit en fondant un nouveau courant religieux autonome dès 1520 : le protestantisme. Dans cette nouvelle religion, les œuvres sont inutiles pour le salut, seule la foi peut l’apporter.
• Une réforme humaniste. La réforme luthérienne correspond donc aux principes humanistes. Dans la vision proposée par Martin Luther, l’humain est en effet au centre et entretient une relation directe avec Dieu par sa lecture des textes saints (et non par ses pratiques).
B) Un monde chrétien qui se fracture
Cette réforme luthérienne provoque ainsi un schisme, c’est-à-dire une division au sein d’une communauté religieuse :
• En Angleterre. Le roi Henri VIII est excommunié par le pape à la suite de son divorce. Ce dernier décide alors de prendre la tête de l’Église d’Angleterre en 1534 : c’est la naissance de l’Église anglicane. Si cette nouvelle Église s’inspire de celle de Luther, elle conserve toutefois la hiérarchie ecclésiastiques (évêques > prêtres) et le faste des cérémonies religieuses.
• En France. Le protestantisme représente environ 10 % de la population du royaume et concerne principalement les acteurs de la Renaissance (universitaires, imprimeurs, marchands, hommes de loi…). D’abord tolérés par le roi François Ier, les protestants commencent à être pourchassés à partir de 1539. Comme d’autres protestants, Calvin fuit alors cette France qui soutient le pape puis s’installe à Genève où il fonde une nouvelle Église : l’Église réformée. Plus austère et sévère que celle de Luther (lecture régulière de la Bible et interdiction de danser, de lire des romans et de jouer aux cartes), celle-ci se diffuse principalement en France, aux Pays-Bas et en Écosse.
• La résistance des pays latins. Les réformes protestantes se diffusent ainsi progressivement en Europe et proposent une autre vision de la religion. Toutefois, le catholicisme reste dominant dans les royaumes d’Espagne et du Portugal, ainsi que dans la péninsule italienne : l’action des princes catholiques permet en effet de conserver ces États dans le catholicisme.
C) La réaction catholique
• Le concile de Trente. L’Église catholique se décide tardivement à régir à la montée du protestantisme. Dès 1545, lors du concile de Trente (Italie), le pape Paul III décide de rétablir l’ordre et rejette les réclamations des protestants : il rappelle l’importance des sacrements, l’utilité du culte de la Vierge et des saints ainsi que le rôle des œuvres pour obtenir le salut. Le concile condamne toutefois les abus du clergé et décide l’ouvertement de séminaires afin de mieux former les jeunes prêtres.
• Les guerres de religion. Au 16e siècle, ces guerres de religion opposent les protestants et les catholiques, notamment dans le Saint-Empire et en France. Ces guerres s’achèvent par des « paix de religion ». Dans le Saint-Empire, chaque prince peut choisir sa religion et de l’imposer à ses sujets. En France, il faut attendre la fin du 16e siècle pour que le roi Henri IV accorde la liberté de culte aux protestants avec l’Édit de Nantes en 1598.
L’ESSENTIEL ❤️
⇒ Au 15e siècle, l’humanisme est un mouvement intellectuel qui se caractérise par opposition au Moyen Âge et par un retour aux textes antiques. Parti d’Italie et encouragé par l’imprimerie, ce mouvement s’étend à d’autres foyers : flamand et français. Partout, il se caractérise par la foi en l’humain et en sa capacité à transformer le monde par l’éducation et la maîtrise de soi.
⇒ Aux 15e et 16e siècles, la Renaissance est le reflet artistique de l’humanisme. Peintres et sculpteurs privilégient le portrait et les sujets antiques, permettant ainsi d’exalter le caractère et la beauté de l’homme, avec des techniques renouvelées : perspective, géométrie, lumière… Grâce au mécénat, les artistes peuvent ainsi s’affirmer et se différencier des artisans.
⇒ La réforme protestante amorcée au 16e siècle correspond à une volonté de retourner aux sources du christianisme, qui se traduit par un rejet de l’Église catholique. Débutée en 1517 avec l’Allemand Martin Luther, elle aboutit à la création de l’Église luthérienne et d’autres Églises protestantes en Europe : calviniste, anglicane…
DATES REPÈRES
• 1453 : Migrations byzantines vers la péninsule italienne
• 1455 : Invention de l’imprimerie à caractères mobiles par Gutenberg
• 1517 : Les 95 thèses de Luther critiquent la vente des indulgences