LES UNIFICATIONS ITALIENNE, ALLEMANDE ET LE SECOND EMPIRE (1859-1871)
Si les minorités et les mouvements nationaux sont niés lors du congrès de Vienne de 1815, l’arrivée au pouvoir de Napoléon III en France bouleverse toutefois les équilibres européens. La France semble en effet vouloir retrouver son rôle d’arbitre et s’engage militairement et diplomatiquement aux côtés des nationalistes : les unifications italiennes et allemandes se construisent alors avec et contre cette dernière.
problématique centrale
Comment la France contribue-t-elle aux unifications italienne et allemande ?
1. L’UNITÉ ITALIENNE (1859-1871)
Quel rôle joue le Second Empire dans l’unification italienne ?
A) Le Piémont-Sardaigne, royaume-pivot de l’unité (1858-1859)
• Une péninsule éclatée. Vers 1850, l’Italie n’existe pas encore et n’est qu’une « expression géographique » selon Metternich. En effet, la péninsule italienne est toujours un territoire éclaté en huit États indépendants les uns aux autres. Le royaume du Piémont-Sardaigne, seule monarchie constitutionnelle et État le plus industrialisé de la péninsule, souhaite l’unité de la nation italienne autour de son roi Victor-Emmanuel II. Cette volonté n’est toutefois pas partagée par les États de Parme, de Modène et de Toscane soumis à l’empire d’Autriche, ni par le royaume des Deux-Siciles et les États pontificaux qui désirent tous les deux conserver leur indépendance. Comment donc faire vivre ensemble des peuples divisés pendant si longtemps par des frontières physiques et culturelles (comme linguistiques) ?
• L’intervention de Napoléon III. Pour affirmer le grand retour de la France dans le concert des Nations, Napoléon III décide en 1858 de s’allier avec le royaume du Piémont-Sardaigne qui souhaite mener l’unité de la péninsule. Il est vrai que l’attentat commis par le patriote italien Felice Orsini à Paris la même année contre l’empereur, a qu’il reprochait d’avoir oublié ses idéaux libéraux, accélère les négociations. La guerre est alors déclarée à l’Autriche en 1859, permettant ainsi aux armées piémontaises et françaises de remporter ensemble les victoires de Magenta (4 juin) et de Solferino (24 juin) : l’annexion de la Lombardie par royaume du Piémont-Sardaigne permet d’amorcer l’unification italienne.
B) L’unité italienne par la force et les combats (1860-1871)
• L’achèvement de l’unité italienne. La guerre contre l’Autriche avive le sentiment national. Les États de Toscane, de Parme et de Modène se soulèvent et confirment leur rattachement au royaume Piémont-Sardaigne en mars 1860. À partir de mai, l’armée menée par le républicain Garibaldi permet la conquête des territoires du Sud de la péninsule : la Sicile et Naples votent alors leur rattachement au Piémont tandis que François II, roi des Deux-Siciles, s’exile à Rome. L’achèvement de l’unité italienne est donc proche et Victor-Emmanuel II est proclamé roi d’Italie en 1861.
• Le revirement de Napoléon III. Face au mécontentement des catholiques français, Napoléon III décide alors de se retourner contre l’unification totale de l’Italie en protégeant militairement le pape contre les forces de Garibaldi. Il faut ainsi attendre le rapatriement des troupes françaises en 1870 (afin de défendre la France contre la Prusse) pour que Rome tombe enfin aux mains des nationalistes italiens, faisant dès lors de la ville la nouvelle capitale l’Italie unifiée en 1871 (il manque encore toutefois quelques territoires à l’appel : les « terres irrédentes » du Trentin, d’Istrie et de Dalmatie).
• Les difficultés de l’unité. Pour une partie de la population italienne demeurée passive durant les événements, l’union est perçue comme une annexion par le royaume du Piémont-Sardaigne. De plus, le suffrage censitaire mis en place exclut une majorité d’Italiens (seuls 2 % de la population peut voter). Par ailleurs, l’unification italienne s’est réalisée contre l’Église, pourtant très influente : il faut donc désormais associer tous les Italiens au nouveau régime, forger une conscience nationale et tenter au Sud de l’Italie de rattraper son retard économique sur le Nord.
2. L’UNITÉ ALLEMANDE (1848-1871)
Quel rôle joue le Second Empire dans l’unification allemande ?
A) Une petite ou une grande Allemagne ? (1850-1866)
• Autriche ou Prusse ? La répression autrichienne face aux mouvements de 1848 entraîne la fin de l’espoir d’un gouvernement libéral ainsi que le rétablissement de la Confédération germanique dominée par l’empire autrichien (partisan d’une Grande Allemagne). Celui-ci est pourtant de moins en moins en mesure de s’opposer à l’ascension de son rival, le royaume protestant de Prusse, qui cherche à réaliser l’unité de la nation allemande (petite Allemagne) loin de lui. En effet, dès 1850, la Prusse met en place le Zollverein, c’est-à-dire une union douanière composée de 25 États germaniques qui exclut la puissance catholique et conservatrice autrichienne.
• La solution et la domination prussienne. Guillaume Ier, roi de la prospère Prusse, souhaite aller plus loin dans ce projet et renforce sa puissance militaire en se dotant d’une armée moderne. En 1862, il nomme Bismarck à la tête de son gouvernement afin diriger sa politique mais aussi pour mener l’unité allemande tant par le haut (c’est-à-dire à l’initiative d’un souverain et sans que les populations soient consultées) que « par le fer et par le feu » (c’est-à-dire par la guerre). En 1864, Bismarck mène alors une guerre contre le Danemark afin de récupérer certains territoires au Nord et, en 1866, il bat l’Autriche en trois semaines seulement à Sadowa lors d’une guerre fratricide (la défaite autrichienne de 1859 contre les armées franco-italiennes lui avait montré à la Prusse que l’Autriche n’était pas une puissance invincible). Il en profite ainsi pour dissoudre la Confédération germanique et imposer une nouvelle union, la Confédération d’Allemagne du Nord, aux États germaniques protestants, mettant ainsi définitivement fin à la domination autrichienne.
B) La défaite de Sedan et la création de l’Empire allemand (1870)
• La guerre franco-prussienne. Bismarck sait toutefois que la France (qui soutient l’indépendance des États allemands catholiques du Sud) constitue un obstacle à l’unification allemande. La succession au trône d’Espagne vient toutefois mettre fin au problème : Napoléon III, craignant l’encerclement de la France, demande à Guillaume Ier de renoncer à une candidature germanique. Le roi de Prusse accepte mais Bismarck provoque un incident diplomatique en reformulant, en des termes diplomatiques blessants, la décision royale :
« Sa Majesté le roi a refusé de recevoir encore une fois l’ambassadeur de France et lui informe qu’elle n’a plus rien à lui communiquer »
• La naissance de l’Empire allemand. Offensé, Napoléon III déclare la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870, permettant ainsi aux États du Sud de l’Allemagne de se mobiliser autour de la Prusse face à l’agresseur français. Mais sa rapide défaite permet à l’unité allemande de s’accomplir… L’Empire allemand est officiellement proclamé le 18 janvier dans la galerie des Glaces du château de Versailles ! Et le traité de Francfort, signé le 10 mai 1871, permet également l’annexion de l’Alsace-Moselle, ce qui achève l’humiliation la France.
• L’Allemagne domine l’Europe. La victoire de la Prusse contre la France marque dès lors un tournant : les nations les plus puissantes ne sont plus l’Autriche ni la France et l’Empire allemand se trouve désormais au cœur du jeu géopolitique européen.
L’ESSENTIEL ❤️
⇒ L’Autriche, puissance dominante en Europe depuis 1815, voit progressivement son influence chuter : tout d’abord face aux armées franco-piémontaises en 1859, puis face à la puissante armée prussienne en 1866.
⇒ Libérée de la domination autrichienne, l’unification italienne se réalise de 1859 à 1871 sous la houlette du royaume du Piémont-Sardaigne dirigé par le roi Victor-Emmanuel II. Il faut toutefois attendre la guerre franco-prussienne pour que Napoléon III abandonne enfin Rome aux mains des nationalistes et que l’unification italienne s’achève enfin.
⇒ Après avoir imposé une union douanière aux États germaniques du Nord, la Prusse attaque son rival autrichien en 1866 et impose sa domination. La guerre franco-prussienne de 1870 permet la proclamation de l’Empire allemand en 1871.
DATES REPÈRES
• 1859 : Victoires franco-piémontaises sur l’Autriche
• 1866 : Victoire prussienne sur l’Autriche à Sadowa
• 1870 : Guerre franco-prusienne
• 1871 : Rome devient la capitale d’une Italie unifiée
• 1871 : Proclamation de l’Empire allemand à Versailles