PÉRIODISER EN HISTOIRE
Après tout, le passé c’est passé, non ? Alors pourquoi fouiller dans les vieilles histoires quand le présent explose de partout et que l’avenir nous attend au tournant ? Parce que l’Histoire, ce n’est pas juste apprendre des dates ou réciter des noms ! Parce que l’Histoire, c’est comprendre comment les humains ont vécu, pensé, combattu, aimé, régné (ou échoué) à travers les siècles. En fait, apprendre l’Histoire, c’est :
- Prendre du recul pour ne pas tout accepter sans réfléchir ;
- Changer de point de vue pour ne pas rester enfermé dans sa bulle ;
- Mieux comprendre le monde d’aujourd’hui… parce que beaucoup de choses ne sont pas le fruit du hasard.
Connaître le passé, c’est donc s’armer pour comprendre le présent et mieux construire l’avenir. Et franchement, ça, c’est plutôt stylé !
problématique centrale
Pourquoi et comment découper l’Histoire en tranches ?
1. LA CONCEPTION DES HISTORIENS DU TEMPS
A) Se repérer dans le temps qui passe
Depuis la nuit des temps, les humains ont besoin de mettre un peu d’ordre dans le grand bazar du temps. Pas pour le plaisir de faire des calendriers (même s’ils sont jolis), mais parce que c’était vital : savoir quand semer, quand moissonner, quand sortir le manteau ou quand sacrifier un mouton… Bref, pour vivre tout simplement ! Ce n’est qu’au 19e siècle que les historiens commencent à diviser le temps en grandes périodes historiques pour mieux comprendre, organiser et raconter l’Histoire de l’humanité. Finalement, découper le temps, c’est un peu comme mettre des chapitres dans un livre : ça aide à ne pas s’y perdre… et ça rend l’Histoire beaucoup plus lisible !
B) Les quatre grandes périodes historiques
• L’Antiquité. C’est le temps des pyramides d’Égypte, des scribes de Mésopotamie, des philosophes grecs et de la naissance de la démocratie à Athènes. On y croise aussi Jules César, les empereurs romains, le monde juif et la naissance du christianisme…
• Le Moyen Âge. Ici, l’Empire byzantin brille encore, pendant que l’islam s’étend du Moyen-Orient jusqu’en Espagne. En Occident, c’est le temps des seigneurs et chevaliers, des croisades, des villes marchandes comme Venise qui font du commerce jusqu’en Afrique et en Asie…
• L’Époque moderne. Bienvenue dans l’ère des explorateurs et des colonisations ! On y voit aussi la Renaissance artistique et scientifique, les rois tout-puissants comme Louis XIV, les protestants et catholiques qui se font la guerre et les Lumières qui rêvent d’un monde plus juste (surtout pour les riches bourgeois)…
• L’Époque contemporaine. Tout commence avec la Révolution française (adieu les rois !). S’enchaînent ensuite : Napoléon, les industries et les usines, les guerres mondiales, la décolonisation, la Guerre froide entre les États-Unis et l’URSS jusqu’à aujourd’hui…
C) Les régimes d’historicité
Le découpage du temps en périodes (Antiquité, Moyen Âge…) est en réalité une invention assez récente. Mais attention : les humains du passé ne voyaient pas le temps comme nous ! L’historien François Hartog parle de « régimes d’historicité » pour décrire ces différentes façons de se situer dans le temps :
• Régime traditionnel : le passé est la boussole. On vit selon les coutumes des anciens, on respecte les traditions et l’avenir doit ressembler au passé. Le temps avance… sans vraiment changer.
• Régime moderne : le futur devient la priorité. C’est l’époque des progrès scientifiques, des révolutions, des idées nouvelles… On veut aller de l’avant, couper avec le passé vu comme dépassé.
• Régime présentiste : c’est le présent qui prend toute la place. Le passé semble lointain, voire inutile, et l’avenir paraît flou ou inquiétant. On vit dans l’instant, sans trop savoir ce qui vient après.
2. LE DÉCOUPAGE PROGRESSIF DE L’HISTOIRE EN PÉRIODES
Comment la conception du temps par les historiens évolue-t-elle au fil des époques ?
A) Les premières classifications
Au Moyen Âge, on ne parle pas encore de « Moyen Âge » ni de « Renaissance ». L’Histoire est en effet racontée en fonction des dynasties royales. On distingue l’époque des Mérovingiens, des Carolingiens ou des Capétiens, en suivant les rois qui se succèdent. Ce sont donc les familles royales qui servent de repères.
B) Du 15e au 17e siècle
Avec la Renaissance, les humanistes italiens comme Pétrarque redécouvrent l’Antiquité (Rome, la Grèce…) qu’ils admirent. Ils commencent à opposer leur époque aux siècles précédents qu’ils jugent sombres et ignorants. C’est ainsi qu’apparaît l’idée d’un temps « moyen » entre l’Antiquité et l’époque moderne : le Moyen Âge.
C) Au 19e siècle
L’historien Jules Michelet va plus loin : il invente le mot « Renaissance » pour désigner la période qui suit le Moyen Âge. Il voit cette époque comme celle de la redécouverte des arts, des sciences et de la liberté. Il situe aussi la fin des Temps modernes en 1789, avec la Révolution française, et parle alors d’Époque contemporaine.
D) La périodisation aujourd’hui
Depuis 1863, les programmes scolaires français adoptent le découpage en quatre grandes périodes : Antiquité / Moyen Âge / Époque moderne / Époque contemporaine. Ce modèle est encore utilisé aujourd’hui à l’école, au collège, au lycée et même à l’université. Il structure notre manière d’apprendre et d’écrire l’Histoire, même s’il peut être remis en question…
3. UN DÉCOUPAGE ARBITRAIRE ET CONTESTÉ
Le découpage du temps historique peut-il être objectif ?
A) Différentes manières de penser le temps
La manière dont on conçoit le temps n’est pas la même partout dans le monde. Selon les cultures, le temps peut être vu comme un cycle ou comme une ligne, et cette perception évolue à travers l’Histoire :
• Le temps cyclique : un éternel recommencement. Dans de nombreuses civilisations anciennes (comme la Chine antique, l’Inde, ou les peuples amérindiens Aztèques et Mayas…) le temps est vu comme un cycle. On naît, on meurt, on renaît. Tout recommence : les saisons, les cycles lunaires ou solaires, les fêtes religieuses suivent ce rythme circulaire. Il n’y a ni vrai début, ni véritable fin. Exemple : le yin et le yang en Chine symbolisent un équilibre entre les forces qui se renouvellent sans cesse.
• Le temps linéaire : une histoire avec un début et une fin. Dans les traditions judéo-chrétiennes et musulmanes, le temps est vu comme une ligne droite : un commencement (la création du Monde) ; une histoire humaine faite d’étapes et de progrès ; et une fin prévue (le jugement dernier). Cette vision donne naissance à la frise chronologique : on peut alors situer les événements dans une suite logique, avec un sens, un but. C’est ce modèle qui domine aujourd’hui en Histoire occidentale..
B) Différentes dates de début de calendrier
Pour organiser leur vie quotidienne, toutes les sociétés ont besoin d’un repère commun dans le temps. Elles inventent donc des calendriers, qui servent à rythmer les activités agricoles, commerciales, religieuses ou politiques. Mais attention : tous les calendriers ne commencent pas au même moment car chaque civilisation choisit un événement fondateur pour marquer le début de son ère.
– Le calendrier chrétien. En Occident, nous utilisons aujourd’hui le calendrier grégorien, instauré en 1582 par le pape Grégoire XIII. Il commence à l’an 1 (et non zéro !) et prend comme point de départ la naissance supposée de Jésus-Christ. Ce calendrier est utilisé officiellement dans la majorité des pays du Monde, notamment pour les échanges internationaux.
– Le calendrier musulman. Dans le monde musulman, on utilise un autre calendrier, basé sur les cycles lunaires. Il commence en 622, année de l’Hégire, c’est-à-dire la fuite du prophète Mahomet de La Mecque vers Médine. Ce calendrier est religieux et il est utilisé pour fixer les dates des fêtes musulmanes comme le Ramadan ou l’Aïd.
– D’autres calendriers existent encore aujourd’hui : le calendrier hébraïque, utilisé pour les fêtes juives, commence selon la tradition en 3761 avant notre ère, date de la création du monde selon la Bible. Le calendrier chinois, lui, est lunaire-solaire : il associe les cycles de la Lune et du Soleil, et ses années sont liées à des animaux symboliques (dragon, tigre, etc.). Il existe aussi des calendriers hindou, bouddhiste, persan ou même républicain (en France, en 1792, après la Révolution)…
C) Différentes façons de périodiser
Tout découpage du temps est une construction culturelle. Cela signifie qu’il dépend du point de vue de ceux qui l’ont établi. Or, les histoires des pays ne sont pas les mêmes : chaque peuple a connu ses propres événements fondateurs, ses révolutions, ses conflits, ses ruptures… Résultat : les périodisations changent selon les pays :
– Les historiens britanniques considèrent par exemple que l’époque moderne dure jusqu’au 19e siècle, car c’est la révolution industrielle, et non la Révolution française, qui marque un changement profond dans la société.
– En Chine, on raisonne souvent en dynasties impériales (Han, Tang, Ming…), et non en périodes comme « Moyen Âge » ou « Époque moderne ».
D) Des débats entre les historiens
Les historiens débattent depuis longtemps des débuts et fins des époques historiques, car l’Histoire est un processus continu, sans ruptures véritablement nettes. Les périodes sont donc des constructions qui varient selon les critères et les points de vue. Par exemple, l’Époque moderne commence traditionnellement en 1453 ou 1492 mais certains, comme Jacques Le Goff, situent la fin du Moyen Âge à la Révolution française. De même, l’époque contemporaine peut commencer en 1789, 1815 ou 1914, selon les interprétations. Enfin, ces découpages ne sont pas universels : certaines régions du monde ne connaissent pas les mêmes périodes historiques : dans certaines régions du monde, le « Moyen Âge » notion n’a aucun sens car il ne correspond à aucune réalité historique locale.
L’ESSENTIEL ❤️
⇒ Depuis toujours, les sociétés ont découpé le temps pour répondre à des besoins concrets : 📆 organiser le travail des champs, 🎉 fixer les fêtes religieuses, 💰 prévoir la collecte des impôts, ⏳ se repérer dans la journée ou l’année… Mais ce n’est qu’à partir du 19ᵉ siècle que les historiens se sont mis à découper le temps non plus pour le vivre, mais pour le raconter et l’expliquer.
⇒ La périodisation est donc une démarche intellectuelle qui consiste à diviser le temps historique en grandes périodes cohérentes afin de mieux saisir les évolutions, les ruptures et les continuités des sociétés humaines. Elle permet ainsi : d’organiser le savoir historique ; de contextualiser les événements ; et de faciliter l’analyse des transformations (politiques, sociales, culturelles…).
⇒ La périodisation n’est cependant jamais neutre. Elle repose sur des choix culturels, idéologiques ou géographiques. Par exemple, les périodes de l’histoire européenne (Antiquité, Moyen Âge…) ne correspondent pas aux rythmes historiques vécus en Afrique, en Asie ou en Amérique. La chronologie historique est donc une construction sociale : elle reflète un point de vue qui n’est pas partagé par tous, une manière de voir et raconter le passé qui peut évoluer.
⇒ L’Histoire n’est donc jamais figée et les découpages évoluent au fil des nouvelles découvertes, des relectures critiques ou des changements de regard sur le passé…
DATES REPÈRES
-3500 Naissance de l’écriture
= Les historiens sont ravis : c’est le début de l’Histoire, la vraie, avec des archives, des contrats et probablement les premières plaintes pour retard de livraison…
476 Chute de l’Empire romain
= C’est la fin de l’Antiquité et le début d’un joyeux bazar en Europe de l’Ouest : invasions, châteaux forts et chevaliers pas toujours très polis…
1492 Découverte Amérique
= Début de l’époque moderne : les Européens partent explorer, commercer, et coloniser tout ce qu’ils trouvent. Le Monde ne sera plus jamais le même, surtout pour ceux qui vivaient déjà là…
1789 Début de la Révolution française
= Adieu l’Ancien Régime, bonjour « liberté, égalité, fraternité ». C’est le début de l’époque contemporaine et de débats sans fin sur qui détient le pouvoir…