LA MÉDITERRANÉE MÉDIÉVALE :
UN ESPACE DE CONTACTS À LA CROISÉE
DE TROIS CIVILISATIONS
Au Moyen Âge, la Méditerranée devient l’espace central de trois civilisations bien distinctes et et souvent en rivalité les unes avec les autres : d’un côté, l’Europe chrétienne avec ses croisés et ses marchands ; de l’autre, le monde musulman qui rayonne avec ses savants et ses épices ; et au milieu, l’Empire byzantin qui tente tant bien que mal de maintenir son influence… Zone de contacts et de tensions, la Méditerranée se retrouve alors traversée par des marchands, des militaires, des pèlerins, des savants… Bref, au Moyen Âge, la Méditerranée n’est pas une mer tranquille !
problématique centrale
Quelles relations se nouent entre les chrétiens et les musulmans du 11e au 13e siècle ?
L’ESSENTIEL ❤️
⇒ Trois mondes, une mer partagée. Au 11e siècle, trois civilisations cohabitent autour de la Méditerranée : l’Occident chrétien est morcelé en royaumes rivaux mais uni par la foi catholique ; en Orient, l’Empire byzantin, dirigé par un empereur tout-puissant, reste chrétien lui aussi mais se détache de Rome depuis le schisme de 1054 ; et le monde musulman enfin s’est rapidement étendu à partir du 7ᵉ siècle mais se retrouve désormais divisé religieusement et politiquement depuis le 10e siècle (chiites/sunnites, califats concurrents).

⇒ Une Méditerranée sous tension. À partir du 11ᵉ siècle, l’Occident catholique passe à l’offensive. À l’ouest, dans la péninsule Ibérique, les royaumes chrétiens lancent la Reconquista contre Al-Andalus. La victoire de Las Navas de Tolosa (1212) marque un tournant et, en 1492, Grenade tombe : l’Espagne devient chrétienne. À l’Est, les croisades visent à reprendre Jérusalem. Les croisés créent des États latins d’Orient dès 1099 mais ces fiefs sont vite menacés par le djihad musulman. Un siècle plus tard, Saladin reprend Jérusalem et en 1291, le port d’Acre tombe : c’est la fin des États croisés.
⇒ Une Espagne tolérante sous conditions. Dans les territoires conquis, chrétiens et musulmans cohabitent mais pas sur un pied d’égalité. Les Mozarabes et les Mudéjars peuvent garder leur religion mais paient des impôts spéciaux et subissent des discriminations. Les savants musulmans s’ouvrent aux savoirs grecs, indiens ou perses qu’ils enrichissent… mais ne les partagent pas toujours avec les Latins. Les chrétiens, eux, récupèrent ces connaissances qu’ils traduisent mais restent peu ouverts à la culture de l’autre, préférant convertir plutôt que dialoguer. Bref, l’Espagne médiévale oscille entre échanges intellectuels et tensions religieuses.
⇒ Venise, l’audacieuse marchande. Entre le 11ᵉ et le 13ᵉ siècle, Venise devient une puissance incontournable. Officiellement liée à Byzance, elle agit en ville autonome, gouvernée par ses ducs. Sa position entre Orient et Occident lui permet de dominer le commerce en Méditerranée. Elle multiplie les comptoirs, obtient des privilèges commerciaux et entretient une flotte commerciale et militaire puissante. En 1204, lors de la 4ᵉ croisade, Venise détourne les croisés pour piller Constantinople, renforçant alors son pouvoir et rompant définitivement avec Byzance. Une puissance économique, militaire… et opportuniste.
1. LA MÉDITERRANÉE, UN ESPACE À LA CROISÉE DE TROIS CIVILISATIONS (11e siècle)
Pourquoi la Méditerranée est-elle un espace de cohabitation entre différentes civilisations ?
A) L’Occident chrétien
• Un Occident divisé en royaumes rivaux. Après la chute de l’Empire romain en 476, l’Occident part un peu en puzzle : les peuples Germains (Francs, Wisigoths, Saxons…) débarquent et, si chacun fonde son propre royaume, tous finissent par adopter le christianisme. Au 6ᵉ siècle, Clovis, le roi des Francs, sort du lot : il se fait baptiser, convertit tout son royaume et commence à grignoter les territoires voisins. Quelques générations plus tard, c’est Charlemagne qui entre en scène : en 800, il fonde l’Empire carolingien, un beau projet de réunification qui ressemble au retour de l’Empire romain… Sauf que cet empire ne dure pas : dès le 10ᵉ siècle, entre les Vikings, les Hongrois et les musulmans qui débarquent sans invitation, l’Empire se fragilise. Résultat : les grands seigneurs prennent le relais et l’Empire carolingien prend fin. Ainsi au 11ᵉ siècle, retour à la case départ : l’Occident chrétien est à nouveau fragmenté en royaumes rivaux qui se regardent de travers…

• Un Occident unit religieusement. Si les royaumes se font la guerre, tout le monde est (à peu près) d’accord côté religion : c’est la foi catholique qui donne le rythme. Pas une journée sans un rappel que l’enfer brûle fort et que le paradis, c’est sympa mais sur dossier. Pour éviter les mauvaises surprises après leur mort, les fidèles appliquent donc les recommandations de l’Église : sacrements, confessions, prières et une bonne dose de culpabilité. Les clercs, divisés en deux équipes, veillent au grain pour encadrer la vie des laïcs : il y a d’un côté le clergé séculier (prêtres et évêques) vivant au milieu des fidèles et gérant les affaires religieuses du quotidien ; de l’autre côté, on retrouve le clergé régulier (moines et abbés) préférant le calme des monastères (et accessoirement, la copie de manuscrits à la bougie). En résumé : l’Occident médiéval, c’est la guerre entre les royaumes et la messe à l’intérieur !

B) L’Empire byzantin
• Un empereur tout puissant. Pendant que l’Occident se chamaille entre royaumes, l’Empire byzantin, lui, joue à l’Est de l’Europe la carte du pouvoir centralisé. À sa tête ? Le Basileus, titre grec de l’empereur byzantin, successeur direct des empereurs romains d’Orient : celui-ci est considéré comme le représentant officiel de Dieu sur Terre. On s’incline donc devant lui, on le vénère et on évite les blagues douteuses à son sujet. Ainsi, il dirige tout : l’armée, l’administration et même l’Église ! Une vraie machine à gouverner, sans Premier ministre ni opposition parlementaire.
• Un christianisme orthodoxe. Côté religion, les Byzantins sont tout aussi chrétiens que leurs cousins d’Occidents mais avec leur propre style. S’ils construisent de magnifiques églises (dont la légendaire Sainte-Sophie à Constantinople), les différences s’accumulent très vite avec l’Ouest : ici, on vénère les icônes (petites images sacrées), les prêtres barbus peuvent se marier et les baptêmes se font d’une autre façon… Toutes ces petites différences agacent sérieusement les Latins et notamment le pape qui aime bien être écouté. Le patriarche de Constantinople, lui, assume ses particularités : ainsi, c’est le schisme en 1054 et les Églises d’Orient et d’Occident décident de faire chambre à part.

• Un territoire en constante évolution. Le territoire byzantin ne rime pas avec stabilité ni tranquillité. Si l’empereur Justinien agrandit l’Empire au 6ᵉ siècle pour reconstituer l’Empire romain dont il en est l’héritier, ça ne dure pas : en effet, Musulmans, Bulgares et autres invités surprises viennent très vite grignoter leur territoire… Heureusement, au 11ᵉ siècle, les Byzantins se ressaisissent un peu et regagnent quelques terres à l’Est. Mais dans l’ensemble, l’histoire de l’Empire byzantin, c’est un peu comme une partie de Uno : ça change tout le temps et ça se termine rarement comme prévu.
C) Le monde musulman
• Essor d’un nouvel empire. Au début du 7ᵉ siècle, dans les sables brûlants de la péninsule arabique, un marchand de La Mecque nommé Mahomet change la donne. Fini les divinités multiples, place à l’islam, une nouvelle religion monothéiste qui appelle à croire en un Dieu unique. Problème : les Mecquois, très attachés à leurs idoles, n’apprécient pas trop le message. Mahomet doit alors faire ses valises en 622 (Hégire) mais revient en 630 pour conquérir la ville par la force. À sa mort dix an plus tard, ses successeurs, les califes, reprennent le flambeau. C’est alors que débute une l’expansion éclair : l’Empire musulman s’étire de l’Inde jusqu’à l’Espagne en moins d’un siècle ! Mais toutes les conquêtes ont leurs limites : au 8ᵉ siècle, les armées musulmanes se font arrêter net par les Francs ainsi que par les Byzantins. Si les conquêtes s’arrêtent, l’Empire reste bien vivant !

• Le rôle des califes. Les califes ne sont pas juste des chefs d’État : ils sont aussi les guides spirituels des musulmans (un peu comme un président-pape). Au début, ces chefs sont choisis parmi les proches de Mahomet mais, dès 661, les choses changent : la dynastie Omeyyade prend le pouvoir, installe sa capitale à Damas et transforme la succession en affaire de famille. Puis, surprise : en 750, les Abbassides renversent les Omeyyades. Nouveau casting et nouveau décor : la capitale déménage à Bagdad et c’est reparti pour un tour, version plus orientale et raffinée.
• L’émergence de divisions religieuses et politiques. Dès la mort de Mahomet en 632, un débat concernant sa succession éclate entre les musulmans. D’un côté, les sunnites (majoritaires), reconnaissent le calife comme le chef légitime, peu importe s’il soit de la famille de Mahomet ou pas. De l’autre, les chiites, estiment que seul un descendant direct du Prophète (via son gendre Ali) peut prétendre au trône. Cette division se transforme au fil du temps en une vraie division religieuse et politique (encore d’actualité aujourd’hui). De plus, au 10ᵉ siècle, l’unité politique de l’empire s’effondre et le califat des Abbassides commence à perdre le contrôle de son immense territoire… L’unité vole en éclats :
– Bagdad reste le fief des Abbassides, même si leur autorité est plus symbolique qu’autre chose.
– Le Caire, en Égypte, devient la base des Fatimides, une dynastie chiite qui ne reconnaît pas du tout le calife de Bagdad. Ambiance !
– Et pendant ce temps-là, en Espagne, les Omeyyades font un retour surprise à Cordoue, où ils proclament leur propre califat.
Bref, c’est la fin du grand empire unifié et le début d’un match à trois avec plus vraiment de chef unique !
2. L’OCCIDENT CATHOLIQUE ÉTEND SON INFLUENCE (11e-13e siècle)
Comment les Occidentaux s’étendent-ils autour de la Méditerranée à partir du 11e siècle ?
A) La reconquête de la péninsule ibérique
• La Reconquista. Depuis le 8ᵉ siècle, la péninsule est divisée : au Nord, des petits royaumes chrétiens résistent tant bien que mal, accrochés à leurs montagnes. Au Sud et au centre, c’est Al-Andalus, un territoire musulman riche, raffiné et très convoité. Ainsi, à partir du 11ᵉ siècle, les royaumes chrétiens sortent les épées : c’est le grand début de la Reconquista, la reconquête de la péninsule. L’objectif est de descendre vers le Sud jusqu’à récupérer tout le terrain perdu.
• Une reconquête longue. Pas de victoire éclair ici pour les Latins : la Reconquista est longue, entrecoupée de sièges, de batailles et de trêves plus ou moins respectées. Mais en 1212, la bataille de Las Navas de Tolosa voit les troupes chrétiennes mettre une raclée monumentale aux forces musulmanes et la reconquête s’accélère alors ! Il faut toutefois attendre 1492 pour que Grenade, le dernier bastion musulman, tombe entre les mains des Rois Catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon (le duo royal le plus redouté de la péninsule). C’est alors la fin d’Al-Andalus et le début d’une Espagne unifiée, prête à partir à la conquête du monde. (Spoiler : Colomb est déjà en train de faire ses valises…)

B) Les croisades et les États latins d’Orient dès 1095
• Les croisades. Les chrétiens et les musulmans s’affrontent également au Proche-Orient. En effet, à la fin du 11ᵉ siècle, l’Europe chrétienne a une obsession : Jérusalem. Pourquoi ? Parce que le tombeau du Christ s’y trouve et que les Turcs y bloquent l’accès aux pèlerins chrétiens. Scandale ! En 1095, le pape lance alors un appel : il faut libérer la Terre sainte. C’est donc parti pour la première croisade, un immense pèlerinage version armée, épée à la main et Bible dans le sac à dos.
• Les États latins d’Orient. Après un long et pénible siège, les croisés (aussi appelés « Francs ») s’emparent de Jérusalem en 1099. N’étant pas venus pour faire du tourisme, ils fondent alors les États latins d’Orient comme le royaume de Jérusalem, le comté de Tripoli ou la principauté d’Antioche. Chacun de ces territoires est confié à un seigneur croisé, histoire de gérer le coin façon féodale.

• Le djihad. Mais pas question pour les musulmans de laisser faire : en réponse, ils lancent le djihad, une guerre sainte pour reprendre les territoires perdus. Et ils n’y vont pas de main morte : en 1187, le célèbre Saladin reprend Jérusalem aux croisés ! Les chrétiens tentent bien de récupérer le terrain avec encore quelques croisades, mais c’est trop tard. Les États latins s’effritent comme du vieux pain rassis. En 1291, dernier coup de grâce : le port d’Acre, le dernier bastion chrétien en Terre sainte, tombe, marquant ainsi la fin des États latins d’Orient. Les croisés repartent grognons, ruinés et sans Jérusalem…
3. L’ESPAGNE, UN TERRITOIRE DE MÉTISSAGES (8e-13e siècle)
L’Espagne est-elle un modèle de « tolérance » au Moyen Âge ?
A) Un territoire de tolérance
• Les Mozarabes sont protégés par les musulmans. Les Mozarabes sont des chrétiens qui vivent en Al-Andalus, au milieu d’un monde musulman. Mais attention, ce ne sont pas des clandestins religieux : ils ont un statut spécial. On ne les force pas à se convertir, ni à déménager en urgence. Ils gardent leur foi, leurs églises, leurs coutumes et même leurs outils de travail. Artisan, commerçant, fonctionnaire ? Tout est possible. En bref : vivre dans un monde musulman sans être musulman, c’est ok du moment qu’on respecte les règles.
• Les Mudéjars sont protégés par les chrétiens. Les Mudéjars, eux, sont des musulmans qui vivent en territoire chrétien, après la Reconquista. Et devine ? Eux aussi ont droit à un statut de « protégé ». On ne les chasse pas, on ne les baptise pas de force et ils peuvent continuer à prier Allah, garder leurs maisons et leurs traditions. Bref, la cohabitation fonctionne dans les deux sens, tant que chacun reste à sa place et qu’on ne déclenche pas de guerre sainte à l’heure du dîner.
• Les savants musulmans sont ouverts. Tandis que d’autres se disputent des territoires, les savants musulmans, eux, préfèrent les livres aux épées. Curieux, passionnés et ouverts d’esprit, ils s’intéressent à tout ce que le monde a pu produire de génial : maths indiennes, médecine grecque, astronomie perse, philosophie chinoise… rien ne leur échappe. Des superstars comme Avicenne (le docteur de l’époque) ou Averroès (le philosophe fan d’Aristote) traduisent, commentent, réinventent. Grâce à eux, les connaissances de l’Antiquité ne tombent pas dans l’oubli. Mieux : elles prennent un sacré coup de jeune, prêtes à illuminer tout le monde méditerranéen.
• Les Latins enrichissent leurs connaissances. Quand les royaumes chrétiens reprennent l’Espagne, ils découvrent un sacré trésor : des manuscrits scientifiques ! Et là, c’est la ruée vers la traduction. À partir du 12ᵉ siècle, les Latins traduisent à tout va de l’arabe au latin. Des villes comme Tolède deviennent alors de vrais laboratoires du savoir où chrétiens, juifs et Mozarabes travaillent main dans la main pour transmettre les idées des Anciens. L’Europe redécouvre alors des savoirs qu’elle avait oubliés, et cela va sacrément lui servir pour les siècles à venir !
B) Un territoire d’intolérance
• Les Mozarabes sont discriminés par les musulmans. Certes, les Mozarabes ne sont pas jetés dehors ni forcés à se convertir, mais la vie n’est pas non plus une croisière en Méditerranée. Ils ont droit à un joli statut de « protégé » qui ressemble surtout à une étiquette de citoyens de seconde zone. Ils doivent alors payer la djizîa, un impôt spécial réservé aux non-musulmans (un genre de ticket d’entrée pour continuer à vivre chez soi). Ils doivent aussi parler arabe, s’aligner (un peu) sur les mœurs musulmanes et certains postes leur sont interdits. Bref, on les tolère mais avec des conditions.
• Les Mudéjars sont discriminés par les chrétiens. Du côté chrétien, les Mudéjars ne sont pas mieux lotis. Eux aussi doivent payer une capitation, un impôt réservé aux non-chrétiens qui leur rappelle gentiment qu’ils ne sont pas comme les autres. De plus, ils vivent parfois dans des quartiers bien délimités, à l’écart des chrétiens, et subissent des pressions constantes pour se convertir. Leur statut est donc inférieur et leur liberté reste limitée.
• Les savants musulmans sont intolérants. C’est vrai que les savants musulmans font avancer la science à pas de géant. Mais niveau partage, ils ne sont pas toujours dans l’esprit open-source. Soucieux de préserver leur avance intellectuelle, ils considèrent les chrétiens comme des ennemis ou des infidèles, alimentant dès lors leur méfiance vis-à-vis d’eux. Alors oui, les savoirs circulent mais souvent sans leur accord et à travers des traducteurs juifs, chrétiens ou Mozarabes. Ce refus de partage limite ainsi les échanges équilibrés vis-à-vis des Latins.
• Les Latins sont fermés. De leur côté, les Latins ne brillent pas non plus par leur ouverture d’esprit. Les dialogues sont en effet rares car leur principal objectif est de convertir l’autre à la foi chrétienne. Et lorsqu’ils traduisent le Coran, c’est rarement par amour du texte ou par curiosité, mais bel et bien pour le critiquer et le combattre ! Les savoirs passent, oui, mais les dialogues sincères, non. Les Latins s’accaparent donc ce qui les arrange, ignorent le reste et se gardent bien de reconnaître la valeur culturelle de leurs voisins. La curiosité intellectuelle ? Peut-être, mais à sens unique !
4. VENISE, UNE PUISSANTE CITÉ PORTUAIRE (11e-13e siècle)
Comment les Vénitiens prennent-ils le contrôle de la Méditerranée entre le 11e et le 13e siècle ?
A) Une puissance politique
• Une cité byzantine autonome. Officiellement, Venise dépend de l’Empire byzantin depuis le 6e siècle. Mais dans les faits, la cité fait surtout ce qu’elle veut ! En effet, celle-ci gagne peu à peu en autonomie, portée par ses élites marchandes et par la richesse et l’influence de ses dirigeants (ducs ou doges, élus par les grandes familles vénitiennes mais qui agissent surtout comme des chefs d’entreprise). La république oligarchique défend ainsi surtout ses propres intérêts tout en jouant les partenaires fidèles de Constantinople quand cela l’arrange.
B) Une puissance commerciale
• Une position stratégique. Située de manière stratégique, pile entre l’Orient et l’Occident, Venise n’a pas besoin de conquérir pour s’enrichir : elle fait du commerce ! Épices, soie, métaux, parfums, marchandises précieuses… tout passe par les ports et les routes maritimes qu’elle contrôle. Grâce à sa position stratégique, elle devient donc l’incontournable plaque tournante du commerce en Méditerranée.
• Des accords commerciaux avantageux. La cité renforce également sa domination en obtenant des avantages exclusifs, notamment grâce aux accords commerciaux conclus avec l’Empire byzantin en 1082 : Venise obtient du basileus une exemption de taxes et une liberté totale dans les ports de l’Empire. Un privilège ! Les autres marchands européens et arabes peuvent donc remballer leur camelote, les Vénitiens dominent le marché !
• De nombreux comptoirs. Constantinople, Alexandrie, Tyr… La République de Venise installe ses comptoirs dans tous les ports qui comptent de la Méditerranée. C’est un peu l’ancêtre des franchises commerciales ! Résultat : les routes maritimes vénitiennes quadrillent le bassin méditerranéen.
• Une flotte commerciale majeure. Et pour faire tourner ce petit empire marchand, rien de mieux qu’une flotte commerciale importante, rapide et bien organisée. Grâce à elle, Venise alimente l’Europe médiévale en produits de luxe (tout en gonflant ses coffres) et devient l’une des principales places économiques de l’Europe médiévale !
C) Une puissance militaire
• Le port de l’Arsenal. Au Moyen Âge, la cité de Venise n’est pas seulement une puissance commerciale : c’est aussi une puissance militaire redoutable. En effet, Venise frappe fort en construisant l’Arsenal en 1104, un chantier naval gigantesque. Là-bas, on y fabrique des navires comme d’autres cuisent des miches de pain : production de masse, innovations, efficacité… le tout pour garantir l’indépendance militaire de la République.
• Une flotte militaire puissante. Les bateaux vénitiens ne servent pas qu’au commerce. Bien armée et rapide, cette flotte est souvent sollicitée par d’autres royaumes afin d’escorter les convois, défendre les routes et même intervenir dans les croisades. Tout ça, bien sûr, pour la gloire de Dieu (et de Venise) !
• La 4e croisade détourne en 1204. La puissance militaire de Venise atteint son sommet en 1204. Officiellement, la quatrième croisade devait comme les autres libérer Jérusalem. Dans les faits, les croisés, manipulés par Venise, mettent à sac Constantinople, la capitale chrétienne d’Orient. Résultat : pillages, territoires stratégiques conquis et une rupture nette et renforcée entre l’Occident latin et l’Orient orthodoxe. Venise, elle, sort plus riche, plus puissante mais un brin plus détestée.
DATES REPÈRES
622 Mahomet quitte La Mecque direction Médine. C’est l’Hégire et hop, un nouveau calendrier est lancé.
638 Jérusalem change de mains : les musulmans s’emparent de ville aux Byzantins.
1054 Schisme dans la chrétienté et l’Église chrétienne se coupe en deux : les catholiques d’un côté, les orthodoxes de l’autre.
1095 Le pape chauffe la foule et annonce la première croisade : ça va être long et compliqué !
1204 Petit détour inattendu : les croisés, aidés par les Vénitiens, pillent Constantinople.
1492 Clap de fin pour la Reconquista : Grenade tombe !