URBANISATION, MÉTROPOLISATION ET RECOMPOSITIONS URBAINES DANS LE MONDE
Depuis peu, les humains vivent davantage en ville qu’à la campagne : le Monde compte en effet 58 % d’urbains aujourd’hui tandis que ces derniers ne représentaient que 20 % de la population mondiale en 1910. L’urbanisation est donc un processus majeur qui, couplé à la mondialisation et à l’essor du capitalisme, donne naissance à la métropolisation : ce nouveau phénomène vise à concentrer toujours plus les activités les plus rares et les plus stratégiques dans certaines villes appelées « métropoles » et participe à la hiérarchisation ainsi qu’à la transformation de celles-ci.
problématique centrale
Comment la métropolisation renforce-t-elle le poids des métropoles dans le Monde ?
L’ESSENTIEL ❤️
⇒ L’urbanisation s’est accélérée au point que l’humanité est désormais majoritairement urbaine, avec une multiplication des mégapoles dans les pays en développement, là où la croissance urbaine est la plus forte. Cette dynamique crée de nouveaux quartiers urbains, souvent précaires mais attractifs pour les populations rurales qui y trouvent de meilleures conditions de vie. L’urbanisation transforme ainsi durablement le Monde en modifiant leurs modes de vie des humains et en faisant baisser le taux de fécondité.
⇒ La mondialisation renforce la puissance des métropoles : ce ne sont pas les villes les plus peuplées qui dominent le monde, mais celles qui concentrent les fonctions les plus rares (sièges d’entreprises, institutions politiques, universités, lieux culturels). Situées surtout dans les pays développés, elles produisent des richesses immenses et forment un réseau très connecté appelé « archipel métropolitain mondial ». Cette métropolisation accroît les écarts : les plus grandes métropoles deviennent toujours plus influentes, tandis que celles moins équipées peinent à rivaliser.
⇒ La métropolisation transforme profondément les villes : elles s’étalent toujours plus loin, consommant espaces naturels et terres agricoles, au prix d’une bétonisation peu durable. Face à la saturation des centres, de nouveaux pôles économiques émergent en périphérie, renforçant les mobilités et les embouteillages. Dans le même temps, les métropoles se fragmentent : les écarts sociaux s’accentuent entre quartiers riches et zones précaires, tandis que la gentrification renchérit les centres-villes et repousse les populations modestes vers les marges urbaines..
1. L’URBANISATION GÉNÉRALISÉE DU MONDE
Pourquoi l’urbanisation change-t-elle profondément la face du Monde ?
A) L’urbanisation généralisée du Monde
• Une explosion urbaine mondiale. La population urbaine mondiale connait une croissance spectaculaire depuis le début du 20e siècle. En effet, si la population mondiale a été multipliée par 4,5 entre 1910 et 2020, le nombre de citadins à quant à lui été multiplié par 13 durant la même période. Cette explosion urbaine promet de continuer : si un peu plus d’un humain sur deux est aujourd’hui citadin, ils seront deux sur trois en 2050 selon les estimations actuelles
• L’émergence de mégapoles. Cette explosion urbaine, causée par la croissance démographique ainsi que par l’exode rural (encore fort dans les pays en développement) favorise aussi l’émergence de mégapoles, c’est-à-dire de villes de plus de 10 millions d’habitants : si le Monde n’en comptait qu’une seule en 1910 (New York), il y en a désormais 36 aujourd’hui (principalement situées en Asie et en Afrique).
• L’émergence d’une humanité urbaine. L’humanité connait ainsi un bouleversement majeur depuis 2007 : les hommes et les femmes vivent en effet désormais majoritairement dans des espaces urbains (et non plus à la campagne comme auparavant) ! La vie urbaine structure donc désormais l’organisation et l’avenir de nos sociétés à travers le Monde : modes de vie, mobilités et pratiques quotidiennes…
B) Une urbanisation inégale dans le Monde
• Une croissance modérée aux Nords. L’urbanisation reste toutefois très inégale dans le Monde et ne concerne pas les continents et les villes de la même façon. En effet, dans les pays riches, l’urbanisation est ancienne et quasiment achevée, comme en Amérique du Nord et en Europe de l’Ouest. Le nombre de mégapoles n’y augmente donc pas et la croissance urbaine y reste faible (Londres, Paris, New York) voire de plus en plus souvent négative (Tokyo, Europe de l’Est).
• Une croissance très forte aux Suds. En revanche, dans les pays précaires et en développement, là où la population rurale est encore majoritaire et féconde, la croissance urbaine reste forte et fait exploser le nombre de mégapoles, notamment en Asie (Shanghai, Pékin et Chongqing en Chine, New Delhi et Mumbai en Inde Jakarta en Indonésie…). Elles sont également de plus en plus nombreuses en Afrique (Lagos au Nigeria, Kinshasa au Congo, Le Caire en Égypte) ainsi qu’en Amérique latine (Sao Paulo et Rio au Brésil, Mexico au Mexique). Ce sont donc les villes des Suds qui portent aujourd’hui la croissance urbaine.
C) Une urbanisation qui transforme durablement le Monde
• L’apparition de nouveaux quartiers. Dans les villes des Suds, les populations rurales qui s’urbanisent (exode rural) viennent créer et grossir des quartiers surnommés bidonvilles, slums, favelas, barrios… ; dans les pays riches, on parle plutôt quartiers d’immigrants, banlieues difficiles, chinatowns, quartiers hispaniques. Ces quartiers sont des lieux de pauvreté relative mais sont surtout des lieux de transition entre monde rural et monde urbain.
• Une amélioration des conditions de vie. En effet, lorsque les populations rurales migrent vers les villes, elles y gagnent davantage d’argent qu’à la campagne (petits boulots, travail dans l’industrie/les services…) et y vivent mieux (présence d’équipements publics et sanitaires et d’aides communautaires).
• Une chute de la fécondité. L’urbanisation réduit aussi la taille des familles : les logements y sont plus chers qu’à la campagne, la contraception y est davantage utilisée et la scolarisation des filles y est plus élevée. Tout cela fait baisser progressivement le taux de fécondité mondial. Ces nouveau quartiers transforment alors durablement la face du Monde !
2. UN MONDE MONDIALISÉ ET MÉTROPOLISÉ
En quoi la mondialisation renforce-t-elle le poids des métropoles dans l’organisation du Monde ?
A) Les mégapoles, des villes peuplées mais pas toujours puissantes
• Les grosses villes aux Suds. Si la richesse d’une ville peut se mesurer par son produit urbain brut (PUB), on se rend rapidement compte que les villes les plus peuplées du Monde ne sont pas les villes plus riches. En effet, les mégapoles sont principalement situées dans les pays précaires ou en développement d’Asie (Delhi, Shanghai, Dacca…) d’Afrique (Le Caire, Kinshasa…) et d’Amérique du Sud (Sao Paulo, Mexico…).
• Les villes puissantes aux Nords. À l’inverse, les villes les plus riches et puissantes sont principalement situées dans les pays développés, principalement aux États-Unis (New York, Los Angeles, Chicago…), en Europe de l’Ouest (Londres, Paris) et dans les pays riches d’Asie (Tokyo, Séoul). Seule la Chine fait figure d’exception avec Shanghai et Pékin.
B) Des métropoles de plus en plus puissantes
• Le processus de métropolisation. Les richesses produites par ces plus grandes métropoles sont impressionnantes : à titre d’exemple, la ville de Tokyo produit autant de richesses que toute l’Italie et celle de Londres autant que toute la Belgique. Ceci s’explique par le fait que ces villes puissantes concentrent des fonctions et des activités les plus rares, c’est-à-dire les fonctions de commandement : on parle alors de métropolisation.
1) Dans le domaine économique, la puissance d’une métropole se mesure par la présence d’entreprises spécialisées dans les services rares (finance, communication, numérique, ingénierie…), d’une place boursière ainsi que de quartiers des affaires abritant un nombre important de sièges sociaux d’entreprises (La City à Londres, Pudong à Shanghai…). Cela permet à ces métropoles de jouer le rôle de centre d’impulsion dans la mondialisation.
2) Dans le domaine politique, les métropoles concentrent également souvent des activités politiques nationales (avec les sièges du gouvernement et du parlement) mais aussi internationales avec la présence d’ambassades et d’institutions internationales majeures (l’ONU à New York, le FMI à Washington, l’OMS à Genève, l’UNESCO à Paris…).
3) Dans le domaine scientifique, les métropoles accueillent les universités et les grandes écoles plus prestigieuses, permettant ainsi d’attirer des étudiants et chercheurs internationaux, comme Harvard à Boston ou la London City University à Londres. Les technopoles, qui rassemblent des centres de recherches et des entreprises spécialisées dans les hautes technologies, permettent également aux métropoles de s’affirmer sur la scène internationale dans le domaine de l’innovation : le plus célèbre est celui de la Silicon Valley à San Francisco.
4) Dans le domaine culturel, les métropoles concentrent des hauts lieux qui participent au rayonnement international ce des dernières, comme Le Louvre à Paris, le British Museum à Londres, le MoMA à New York… Les grands parcs d’attractions, comme celui de Disney à Paris et Tokyo ramènent également de millions de touristes chaque année. Ce rayonnement culturel s’exerce aussi par l’organisation de grands événements sportifs (JO de Paris…) et culturels (Expositions universelles de Shanghai, Milan, Dubaï…).
• La présence d’activités rares. C’est donc la présence d’activités rares et stratégiques qui font la métropole, et non son nombre d’habitants. Genève est par exemple une ville modeste par sa population mais il s’agit d’une métropole car elle concentre des activités rares : de nombreuses entreprises financières y sont installées ainsi qu’un nombre très élevé d’organisations internationales majeures (ONU, OMS, OMC, OIT…).
C) Des métropoles mondialisées et connectées entre-elles
• L’archipel métropolitain mondial (AMM). Le rayonnement des métropoles dépend étroitement de la puissance et de la diversité des infrastructures de transports qui les relient au reste du Monde. Les métropoles sont en effet des nœuds de communication multimodaux majeurs (aéroports, ZIP, gares, autoroutes), ce qui leur permet ainsi de capter des flux massifs d’humains (travailleurs, étudiants, touristes, migrants…) ainsi que des flux de marchandises, financiers et d’informations (grâce notamment aux data center qui stockent et traitent des volumes importants de données numériques). Les métropoles fonctionnent donc en réseau et sont connectées entre-elles, formant ainsi un archipel métropolitain mondial (AMM).
• Les mégalopoles. Pour renforcer et conforter leur puissance, certaines métropoles proches et très connectées entre elles fonctionnent en réseaux pour former des mégalopoles : la mégalopole étasunienne située entre Boston et Washington ; la mégalopole japonaise qui comprend Tokyo et Osaka-Kobe ; la mégalopole européenne située entre Londres et Milan ; et bientôt la mégalopole chinoise, avec l’essor des villes comme Shanghai, Pékin et Hong Kong. Ces mégalopoles intègrent des villes plus modestes reliées entre elles.
• Des métropoles inégalement puissantes et influentes. La métropolisation renforce ainsi et surtout les métropoles puissantes qui disposent déjà d’avantages (sièges d’entreprises multinationales, universités de rang mondial, infrastructures de transport performantes, main-d’œuvre qualifiée..). Ces atouts attirent alors les investissements, les innovations et les talents, ce qui renforce leur rôle de centres décisionnels. À l’inverse, les moins puissantes (Le Caire, Mumbai) manquent encore d’infrastructures modernes et d’une économie dynamique.
3. DES MÉTROPOLES QUI SE RECOMPOSENT ET SE FRAGMENTENT
Comment la métropolisation recompose-t-elle les villes et accentue-t-elle les inégalités ?
A) Des métropoles qui s’étalent de plus en plus
• Un étalement urbain généralisé. Les métropoles des pays en développement mais aussi celles des pays riches s’étalent autour d’elles, en quête de nouveaux espaces à urbaniser. La croissance démographique, la diffusion de l’automobile, le développement du modèle pavillonnaire ainsi que l’aménagement d’infrastructures dévoreuses d’espaces (comme les aéroports et zones industrielles et commerciales…) expliquent cet étalement urbain. Ceci se constate dans toutes les périphéries des métropoles mondiales, comme à Los Angeles (États-Unis), à Shanghai (Chine), à Dubaï (Émirat Arabe Uni) ou encore à Istanbul (Turquie) et Londres (Royaume-Uni).
• Une bétonisation dangereuse. Cette bétonisation du Monde, c’est-à-dire l’extension massive des surfaces construites et imperméabilisées, est dangereuse et pas durable : elle se fait en effet aux dépends des campagnes environnantes (agriculture) ainsi que des ressources naturelles (sable pour le béton), elle accentue les îlots de chaleur dans les villes et limite la capacité des territoires à s’adapter au futur…
B) De nouveaux centres dans les périphéries
• De nouveaux centres. En réponse à la saturation des centres-villes (hausse des prix et manque de place), de nouveaux centres (« edge city ») poussent en périphérie des métropoles pour y faire émerger de nouveaux quartiers d’affaires et centres commerciaux (comme à Canary Wharf à Londres) ou bien de technopoles (en Californie, la Silicon Valley est l’exemple le plus abouti de centre secondaire spécialisé dans l’informatique et les nouvelles technologies).
• Des localisations spécifiques. Ces nouveaux pôles tertiaires et industriels sont les plus souvent situés à proximité d’un échangeur autoroutier, d’un aéroport ou bien d’une zone portuaire. Dès lors, les mobilités au sein des métropoles sont de plus en plus fortes au sein des métropole, doublement renforcées par le zonage et l’étalement urbain. Les déplacements domicile-travail augmentent ainsi en distance-temps, et nourrissent les embouteillages…
C) Des métropoles qui se fragmentent et se divisent
• La fragmentation sociale des métropoles. Si les métropoles concentrent de plus en plus de richesses, elles sont aussi marquées par des inégalités croissantes. Les populations aisées vivent de plus en plus séparées des plus pauvres, au point que certaines villes ressemblent à des « archipels » urbains où quartiers chics et zones précaires se côtoient, comme les favelas et les secteurs luxueux de Buenos Aires ou São Paulo. Dans ces métropoles, les classes aisées s’installent dans des résidences fermées et sécurisées (gated communities). Ce phénomène existe aussi dans les pays riches, où les banlieues aisées s’opposent à des quartiers plus précaires, comme à Paris ou Londres.
• La gentrification des métropoles. La recomposition des villes-centres dans les métropoles riches favorise leur gentrification. Plus accessibles, plus agréables et proposant des services-emplois-activités divers, les centres connaissent une forte augmentation des prix immobiliers. Les classes aisées s’y installent massivement tandis que les classes populaires doivent partir vivre en périphérie, relayées dans des bidonvilles ou dans des quartiers populaires qui persistent.