LA MÉTROPOLISATION ET SES EFFETS EN FRANCE
Aujourd’hui, la société française est largement urbanisée puisque 95 % des Français et Françaises habitent sous l’influence d’une ville. La France compte cependant 36 000 villes sur son territoire et ces dernières sont donc très différentes les unes des autres : certaines villes sont densément peuplées tandis que d’autres perdent des habitants ; certaines villes proposent des métros et trams à leurs habitants tandis que d’autres n’ont que des ronds-points à leur offrir ; certaines villes possèdent des quartiers d’affaires et des centres commerciaux tandis que d’autres n’ont même pas une épicerie…
problématique centrale
Comment la métropolisation recompose-t-elle aujourd’hui le territoire français ?
L’ESSENTIEL ❤️
⇒ Paris occupe une place dominante et unique dans le système urbain français : avec près de 11 millions d’habitants, elle concentre environ 20 % de la population nationale et près de 30 % du PIB. Héritière d’une longue centralisation, elle polarise des fonctions majeures et s’appuie sur des réseaux de transport majeurs, notamment des aéroports internationaux et un TGV organisé en étoile. Cependant, malgré cette domination écrasante, sa croissance reste modérée.
⇒ Depuis la décentralisation, les grandes métropoles s’affirment comme des pôles dynamiques, concentrant des activités stratégiques et bénéficiant d’un cadre de vie attractif. Bien connectées aux réseaux TGV, TER et aux aéroports internationaux, elles jouent un rôle croissant dans la mondialisation. Toutefois, leur dynamisme démographique est inégal : celles situées sur la façade atlantique connaissent une croissance forte, ce qui n’est pas le cas de celles situées au Nord-Est.
⇒ Les métropoles secondaires disposent de fonctions plus limitées mais restent attractives à l’échelle régionale. Reliées aux grandes métropoles par les réseaux ferroviaires régionaux, elles connaissent toutefois des dynamiques démographiques modorées : exceptées les métropoles du littoral, elles connaissent une croissance faible ou négative.
⇒ Les petites et moyennes, présentées comme les perdantes, sont marquées par une diversité de situations : celles situées à bonne distance des métropoles et le long des littoraux sont plus dynamiques que les villes isolées.
1. LA MÉTROPOLISATION DU TERRITOIRE FRANÇAIS
Comment la métropolisation transforme-t-elle la France et ses villes ?
A) Paris, la ville mondiale écrasante
• Un poids inégalé en France. La capitale de France occupe une place unique dans le système urbain français : avec presque 11 millions d’habitants, elle s’impose comme étant une ville mondiale écrasante, près de six fois plus peuplée que Lyon, pourtant deuxième métropole française. Héritière d’une longue centralisation politique et économique, la métropole de Paris concentre à elle seule environ 20 % de la population nationale et près de 30 % du PIB. Elle polarise en effet l’essentiel des principales fonctions politiques, économiques, scientifiques et culturelles du pays, ce qui lui permet d’exercer sa domination sur une vaste région (qui englobe le quart Nord-Ouest du pays). À titre d’exemples, elle produit autant de richesses que la Turquie, ou bien quatre fois plus que la Grèce. Le poids et le rayonnement de la métropole parisienne s’exercent donc au-delà du territoire national et européen.
• Le centre du réseau. Ses aéroports internationaux (Roissy-CDG et Orly) font d’elle l’une des villes les plus connectées du Monde, tandis que le réseau de TGV, organisé en étoile autour d’elle, la relie aux autres métropoles françaises et européennes (Londres, Bruxelles, Amsterdam).
• Un dynamisme à modérer. Malgré cette centralité écrasante et sans concurrence en France, sa croissance démographique reste modérée (+14 % entre 1990 et 2022). Chaque année en effet, si de nombreux étudiants et jeunes actifs s’y installent, de nombreuses familles et retraités migrent vers d’autres métropoles plus accessibles ou agréables.
B) Le dynamisme des grandes métropoles
• Des espaces moteurs et dynamiques. La France n’est toutefois pas « Paris et le désert français » et d’autres métropoles émergent, notamment depuis les politiques de décentralisation mises en place dans les années 1980 : Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Nice, Nantes, Strasbourg ou Montpellier. En effet, ces grandes métropoles concentrent ce qu’il reste des principales activités stratégiques (finance, numérique, ingénierie, services haut de gamme), séduites par des réaménagements urbains valorisant le cadre de vie et le patrimoine de ces métropoles (quartier Confluence à Lyon, Mucem à Marseille).
• Des espaces interconnectés. Ces grandes métropoles, facilement accessibles, sont reliées à Paris par le réseau TGV et exercent une influence sur les régions qui les entourent grâce aux réseaux régionaux (TER). Les aéroports de Nice, Lyon, Marseille et Toulouse concentrent une grande partie du trafic aérien hors Paris, renforçant ainsi le rôle de ces dernières dans la mondialisation.
• Un dynamisme à modérer. Leur croissance démographique est toutefois très inégale : Montpellier (+60 %), Toulouse (+58 %), Bordeaux (+36 %), Nantes (+35 %), Rennes (+34 %) et Lyon (+25 %) sont très dynamiques en raison de leur cadre de vie attractif, de leur climat favorable et de leur spécialisation dans des secteurs porteurs comme l’aéronautique, la recherche ou le tourisme ; les métropoles de Marseille, Nice et Strasbourg affichent quant à elles une croissance modérée (13 à 19 %), tandis que celle de Lille reste peine à croître (+9 %).
C) Les métropoles secondaires au dynamisme contrasté
• Des pôles régionaux. Enfin, un troisième niveau regroupe les métropoles secondaires : Rennes, Grenoble, Rouen, Toulon, Saint-Étienne, Clermont-Ferrand, Nancy, Metz, Dijon. Moins dotées en fonctions rares et en capacités de commandement, elles restent toutefois attractives à l’échelle locale.
• Des dynamiques contrastées. Connectées aux grandes métropoles avec le réseaux ferroviaires régionaux (TER), elles connaissent cependant des dynamiques contrastées. Seule Rennes se distingue par une forte croissance (+34 %) et Grenoble et Toulon par une croissance modérée (<9 %). Les autres connaissent une croissance faible (<8 %) tandis que Saint-Étienne et Nancy voient même leur population diminuer.
2. LES PETITES/MOYENNES VILLES, DES ESPACES INTERMÉDIAIRES ET VARIÉS
Comment évoluent les petites et moyennes villes françaises face à l’essor des métropoles ?
A) Des espaces intermédiaires
Les petites villes (entre 5 000 et 50 000 habitants) et les villes moyennes (entre 50 000 et 200 000 habitants) sont nombreuses. Considérées comme étant des espaces intermédiaires entre les espaces métropolisés et non métropolisés, ces villes concentrent 23 % de la population, 26 % des emplois et disposent de nombreux atouts. En effet, à l’inverse des problématiques des métropoles, celles-ci disposent de marchés fonciers et immobiliers accessibles, de cadres de vie agréables, de patrimoines valorisés… De plus, l’aspiration des Français et des Françaises à vouloir vivre dans des villes à « taille humaine » reste encore forte.
B) Des espaces en crise
• Des handicaps multiples. Les villes petites et moyennes présentent toutefois des handicaps importants dans le contexte actuel de métropolisation : leur taille réduite (voire déclinante comme Chalon-sur-Saône qui a perdu 13 000 habitants entre 1975 et 2017) les exclut en effet du statut de métropole. Ainsi, par l’absence d’activités rares et stratégiques, celles-ci ne disposent pas d’autres ressources que celles liées à l’économie résidentielle ; par leur manque d’attractivité, les jeunes de ces villes partent travailler ou étudier dans les métropoles les plus proches, ce qui accentue encore davantage le vieillissement de ces populations ; de plus, par la part importante des emplois industriels et publics de leurs populations, ces villes sont touchées par la désindustrialisation et la réorganisation actuelle des services publics armée, hôpitaux, tribunaux, centres des impôts…) ; et enfin, par le développement du périurbain et des zones commerciales en périphérie, leurs centres-villes se dégradent et de nombreux locaux restent vacants.
• L’aide de l’État. Le malaise de ces petites et moyennes villes a été symbolisé lors de la crise des gilets jaunes où ces derniers dénonçaient (souvent à tort) le recul de la présence de l’État et (souvent à raison) la disparition et le manque d’investissement des entreprises dans leurs villes. Face à cette crise, l’État met en place des mesures pour tenter palier à cette crise : c’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la multiplication des universités dans les villes moyennes depuis les années 1990, ou plus récemment, les actions « cœur de ville ».
C) Des espaces variés
• Être à la bonne distance. Par leurs diversités, les petites villes et les villes moyennes connaissent cependant des évolutions différentes : celles qui sont isolées dans le centre de la France ou bien situées loin des métropoles comme Auxerre, Nevers, Aurillac sont répulsives et perdent des habitants… En revanche toutes ne connaissent pas cette évolution et d’autres sont plus dynamiques et attractives : il y a tout d’abord celles situées à bonne distance des métropoles (Albi, Valence, Pau, Angers…) ainsi que celles situées sur les littoraux (Bayonne, La Rochelle, Perpignan…) ou proche de la frontière suisse (Annecy, Annemasse, Chambéry). La valorisation du patrimoine (Avignon, Angoulême…) et le développement du tourisme (Sables d’Olonne, Arles…) jouent également un rôle important dans leur dynamisme.