LES TRANSFORMATIONS DE LA FRANCE DE 1848 À 1870
Entre 1848 et 1870, la France connaît de profonds bouleversements politiques, économiques et sociaux. De la Seconde République au Second Empire, le pays passe d’un idéal démocratique et social à un régime autoritaire, tout en entrant progressivement dans l’ère industrielle… Dans ce contexte, la modernisation de Paris, l’essor des transports et les débuts de l’urbanisation transforment durablement la société française.
problématique centrale
Comment les transformations politiques et sociales ont-elles façonné la France moderne ?
1. LES ESPOIRS D’UNE RÉPUBLIQUE NOUVELLE (1848)
Quelles sont les espoirs et les changements apportés par les républicains en 1848 ?
A) Les premiers jours de la Deuxième République (février 1848)
Le 25 février 1848, après l’abdication du roi Louis-Philippe, la Seconde République est proclamée à Paris dans un contexte d’émeutes. Un gouvernement provisoire est formé, réunissant républicains modérés (comme Lamartine) et radicaux (comme Louis Blanc). Pour symboliser l’unité nationale, le drapeau tricolore est maintenu malgré les revendications révolutionnaires en faveur du drapeau rouge. Le nouveau régime affirme également sa volonté de paix en rassurant les pays voisins sur ses intentions non agressives.
B) La France devient une démocratie libérale (1848)
En 1848, la Seconde République se veut démocratique en instaurant le suffrage universel masculin, ce qui élargit le corps électoral de 166 000 citoyens à 9 millions. Elle se veut également libérale : la peine de mort pour raisons politiques est abolie, l’esclavage interdit et les libertés d’expression et de réunion rétablies. Cette République reste cependant masculine : les femmes sont exclues des élections malgré la montée du féminisme. Certaines, comme George Sand, participent tout de même aux débats publics par leurs écrits et leurs réseaux.
C) La France devient une République sociale (1848)
En 1848, la Seconde République se veut aussi sociale : sous l’influence des républicains radicaux et des ouvriers, elle reconnaît pour la première fois le droit au travail. L’État s’engage à garantir l’existence des ouvriers, incarnant un projet de progrès social. Pour appliquer cette idée, les Ateliers nationaux sont créés afin d’employer les chômeurs à des travaux publics. Le succès est immédiat : plus de 100 000 inscrits, bien au-delà des prévisions. Mais leur coût, financé par une hausse des impôts, suscite le mécontentement, notamment chez les paysans…
2. D’UNE RÉPUBLIQUE CONSERVATRICE AU SECOND EMPIRE (1848-1870)
Pourquoi le projet républicain échoue-t-il rapidement dès 1848 ?
A) Une République conservatrice (1848-1852)
Après la révolution de février 1848, les élections révèlent une France majoritairement conservatrice : les socialistes sont marginalisés tandis que le pouvoir revient au « parti de l’Ordre ». Les espoirs populaires sont ainsi vite déçus, les ouvriers se révoltent mais sont réprimés violemment en juin, marquant dès lors une rupture entre République et monde ouvrier. Malgré cela, une nouvelle constitution est adoptée en novembre, instaurant une République présidentielle et Louis-Napoléon Bonaparte est élu largement en décembre 1848. Soutenu par diverses forces (paysans, royalistes, conservateurs), il incarne une République autoritaire. Dès 1850, les mesures réactionnaires s’accumulent : restriction du suffrage universel, censure, retour de l’Église dans l’école…
B) Le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte (1851)
En 1851, ne pouvant légalement se représenter une seconde fois, Louis-Napoléon Bonaparte dissout l’Assemblée nationale par un coup d’État le 2 décembre. Il rétablit le suffrage universel et fait rapidement réprimer les résistances (environ 400 morts). Grâce à une propagande efficace, son action est approuvée par référendum. En 1852, un second plébiscite confirme le rétablissement de l’Empire, et Louis-Napoléon devient Napoléon III. La Seconde République prend ainsi brutalement fin sans véritable opposition.
C) Le Second Empire (1852-1870)
Entre 1852 et 1870, Napoléon III instaure une dictature sous couvert de monarchie constitutionnelle. Grâce à la Constitution de janvier 1852, il concentre tous les pouvoirs : il nomme ministres, sénateurs, initie les lois, et impose aux députés de lui prêter serment. Le régime devient un État autoritaire et policier : presse, élections et administration sont surveillées, les libertés politiques supprimées, et les ouvriers strictement contrôlés. La loi de sûreté générale de 1858 permet l’arrestation sans jugement, poussant les opposants et républicains à l’exil ou à la déportation. Le Second Empire devient dès lors un bonapartisme autoritaire légitimé par les plébiscites.
3. UN EMPIRE QUI S’INDUSTRIALISE ET SE LIBÉRALISE (1852-1870)
Comment les nouvelles manières de produire transforment-elles peu à peu la France ?
A) La « révolution industrielle » en France
À partir des années 1840, la France connaît sa première révolution industrielle avec l’usage croissant de machines à vapeur, principalement alimentées au charbon. Ces machines remplacent progressivement le travail humain ou animal et permettent une production accrue dans les usines. L’industrie reste toutefois dominée par de petites et moyennes entreprises. Ce développement industriel se concentre surtout dans les grandes villes et les régions proches des bassins houillers (Nord, Lorraine, Creusot, Saint-Étienne). Les secteurs clés sont le textile, la métallurgie, la sidérurgie et la mécanique. Entre 1848 et 1870, la production augmente fortement (charbon x5, fonte x3, textile x2), entraînant une croissance économique modérée mais régulière. Cette révolution industrielle s’apparente plus à une évolution progressive qu’à une transformation brutale.
B) La révolution des transports en France
Entre 1850 et 1870, les transports se développent fortement en France grâce à l’industrialisation et à la machine à vapeur. Le réseau ferroviaire est multiplié par 7, des gares apparaissent dans les villes et des canaux sont aménagés pour faciliter le transport de marchandises. Les ports de Nantes, Marseille et Bordeaux sont également modernisés pour accueillir les bateaux à vapeur. Cette révolution des transports désenclave le pays, permet la création progressive d’un marché national unifié (les distances parcourues et les volumes transportés augmentent tandis que les coûts et durées de voyage diminuent), stimule l’industrie (acier, machines à vapeur) et favorise l’expansion des entreprises.
C) La France, un pays rural en voie d’urbanisation
Sous le Second Empire, bien que la France entre dans la première révolution industrielle, la population reste majoritairement rurale (plus de 70 % en 1850). La mécanisation des campagnes et l’usage d’engrais améliorent la production agricole et les conditions de vie. Cependant, cette prospérité n’est pas partagée par tous : certains ouvriers agricoles (Bretons, Creusois, Auvergnats) migrent vers les villes. L’exode rural débute (environ 130 000 départs par an), mais l’urbanisation reste lente : la population urbaine ne passe que de 9 à 12 millions entre 1850 et 1870.
4. PARIS, UNE CAPITALE TRANSFORMÉE SOUS HAUSSMANN
Comment la ville de Paris se voit-elle modernisée sous le Second Empire ?
A) Paris, une ville du Moyen Âge qu’il faut repenser
Au début du 19e siècle, Paris est une capitale surpeuplée et insalubre, marquée par un urbanisme médiéval et des conditions d’hygiène déplorables. La population passe de 600 000 à 1,2 million d’habitants entre 1800 et 1851, provoquant un développement anarchique. Les épidémies, comme le choléra de 1832 qui fait plus de 18 000 morts, illustrent l’urgence sanitaire. Après son coup d’État, Napoléon III décide de moderniser la ville. Il confie ce vaste chantier au baron Haussmann, remarqué pour ses travaux à Bordeaux, et le nomme préfet de la Seine en 1853, faisant de lui l’artisan de la transformation de Paris.
B) Paris, une ville transformée et rénovée
Sous Haussmann, Paris est profondément transformée. La ville s’agrandit avec l’annexion de 12 communes, gagnant 350 000 habitants et passant à 20 arrondissements. Haussmann repense l’urbanisme en détruisant 25 000 maisons pour en reconstruire 75 000 dans un style uniforme, avec de larges avenues remplaçant les rues étroites, facilitant les déplacements et limitant les révoltes. Il assainit la ville en installant des réseaux d’égouts et d’eau potable, en multipliant fontaines et parcs. Il l’embellit enfin par la construction de monuments (Halles, Opéra), d’équipements modernes (gares, hôpitaux, théâtres) et l’introduction des innovations comme l’éclairage au gaz et les transports publics.
C) L’opposition aux travaux d’Haussmann
La modernisation de Paris sous Haussmann transforme profondément la ville mais renforce aussi les inégalités. La hausse des loyers et la spéculation immobilière repoussent les classes populaires, notamment les ouvriers, vers les faubourgs, les quartiers ouvriers et les bidonvilles. La bourgeoisie reste dans les nouveaux quartiers centraux, accentuant la séparation sociale. La rénovation du vieux centre est aussi critiquée pour avoir dispersé les lieux de contestation populaire. Par ailleurs, le coût des travaux est jugé excessif. En 1867, Jules Ferry dénonce ainsi les dépenses abusives et les avantages accordés aux proches du pouvoir impérial.
L’ESSENTIEL ❤️
⇒ En février 1848, la Seconde République est proclamée après l’abdication de Louis-Philippe. Elle instaure le suffrage universel masculin, abolit l’esclavage et la peine de mort pour raisons politiques et rétablit les libertés fondamentales. Malgré l’exclusion des femmes du vote, elle marque une avancée démocratique. Sous l’influence des républicains radicaux, elle reconnaît aussi le droit au travail et crée les Ateliers nationaux pour lutter contre le chômage. Toutefois, leur coût élevé provoque des tensions, notamment chez les paysans.
⇒ Après 1848, la République devient rapidement conservatrice : les socialistes sont marginalisés, les ouvriers réprimés et Louis-Napoléon Bonaparte est élu président. Soutenu par les forces conservatrices, il restreint les libertés et renforce l’influence de l’Église. En 1851, il réalise un coup d’État pour conserver le pouvoir, rétablit le suffrage universel et se fait approuver par plébiscite. En 1852, Louis-Napoléon Bonaparte devient Napoléon III et fonde le Second Empire. Ce régime autoritaire concentre les pouvoirs, supprime les libertés politiques, contrôle la presse et persécute les opposants, instaurant une ainsi dictature déguisée.
⇒ Entre 1850 et 1870, la France connaît sa première révolution industrielle, marquée par l’usage croissant des machines à vapeur et une forte augmentation de la production, notamment dans le textile, la sidérurgie et la mécanique. Ce développement, concentré dans les grandes villes et les régions minières, s’accompagne d’une révolution des transports : le réseau ferroviaire se développe, les ports se modernisent et un marché national émerge. Malgré cette industrialisation, la France reste majoritairement rurale. La modernisation agricole et l’exode rural amorcent cependant une urbanisation progressive, bien que lente.
⇒ Sous le Second Empire, Napoléon III lance la modernisation de Paris, confiée au baron Haussmann. Face à une ville surpeuplée, insalubre et médiévale, Haussmann agrandit Paris, restructure son urbanisme avec de larges avenues, construit 75 000 immeubles et modernise les infrastructures (égouts, eau potable, parcs, monuments, transports). La ville devient plus fonctionnelle, hygiénique et prestigieuse. Toutefois, cette transformation entraîne une forte spéculation immobilière, chasse les classes populaires vers la périphérie, et suscite des critiques sur le coût des travaux et la disparition des foyers de contestation.
DATES REPÈRES
• février 1848 : instauration de la Seconde République
• décembre 1848 : L-N. Bonaparte devient Président de la République
• 1851 : L-N. Bonaparte fait un coup d’État
• 1853 : Haussmann est nommé préfet de la Seine
• 1859 : Les lignes ferroviaires sont concédées à six compagnies privées