LA RĂVOLUTION FRANĂAISE : LA NAISSANCE D’UNE NATION (1789-1815)
Fini lâAncien RĂ©gime, ses perruques poudrĂ©es, ses privilĂšges et ses bals Ă Versailles : place au grand chamboulement et on recommence tout, ou presque ! InspirĂ©e des philosophes des LumiĂšres, la RĂ©volution française met en place une sociĂ©tĂ© plus raisonnable et plus juste, avec des pouvoirs bien sĂ©parĂ©s. Mais attention, la RĂ©volution est un sacrĂ© champ de bataille politique : entre les royalistes (pro-roi), les catholiques (pro-dieu), les rĂ©publicains modĂ©rĂ©s (pro-business) et les rĂ©publicains radicaux (pro-guillotine), tout le monde veut changer la France, mais pas dans le mĂȘme sens ! ConsĂ©quences : tensions, dĂ©bats enflammĂ©s et parfois mĂȘme quelques dĂ©capitations pour trancher les dĂ©saccords…
problématique centrale
Pourquoi la Révolution française marque-t-elle une période de ruptures majeures ?
1. 1789, L’ANNĂE DE LA RĂVOLUTION
Pourquoi et comment lâAncien rĂ©gime sâeffondre-t-il en 1789 ?
A) Les difficultés de la monarchie absolue (1789)
âą Une monarchie absolue. Le royaume de France est dirigĂ© par le roi Louis XVI de la dynastie des Bourbons qui rĂšgne sur une monarchie dite « absolue » en 1789. Ce dernier dĂ©tient en effet tous les pouvoirs : il fait les lois (parce que pourquoi pas ?), les applique (logique) et rend la justice en son nom (tant quâĂ faire). Ă cette Ă©poque, tout tourne autour du roi, sauf peut-ĂȘtre la guillotine encore.
âą Une sociĂ©tĂ© divisĂ©e et hiĂ©rarchisĂ©e. MĂȘme les rois absolus ont leurs problĂšmes et la monarchie de Louis XVI commence sĂ©rieusement Ă battre de lâaile. Notamment parce que la sociĂ©tĂ© française, Ă lâĂ©poque, est un peu comme un gĂąteau mal partagĂ© : le clergĂ© (ceux qui prient) et la noblesse (ceux qui se battent… ou font semblant) se taillent les plus grosses parts tandis que le tiers-Ă©tat (ceux qui travaillent) se retrouve avec les miettes⊠et lâaddition !
âą Une monarchie en crise. Ă cela sâajoute une double crise : Ă©conomique d’abord, avec le prix du blĂ© qui grimpe en flĂšche, le pain devient un luxe. BudgĂ©taire ensuite, parce que lâĂtat dĂ©pense plus quâil ne gagne. Pour essayer de remplir un peu les caisses (et Ă©viter une rĂ©volution !), Louis XVI a alors une idĂ©e : convoquer les Ătats gĂ©nĂ©raux, une grande rĂ©union de reprĂ©sentants des trois Ordres ! Un peu comme un conseil de classe⊠mais avec des perruques et beaucoup de tensions !
B) Les pouvoirs aux représentants de la Nation (juin 1789)
âą Lâouverture des Ătats gĂ©nĂ©raux. En mai 1789, câest le grand jour : les Ătats gĂ©nĂ©raux ouvrent leurs portes dans le chĂąteau de Versailles et les reprĂ©sentants des trois Ordres arrivent avec de lâespoir plein les poches. Ce nâest pas juste une rĂ©union entre messieurs qui aiment les discours : le peuple y croit ! Partout dans le royaume, on a en effet rĂ©digĂ© des « cahiers de dolĂ©ances », sortes de livres de rĂ©clamations oĂč chacun pouvait y noter ses rĂȘves et ses plaintes.
âą LâĂ©chec des Ătats gĂ©nĂ©raux. Mais immense dĂ©ception : les Ătats gĂ©nĂ©raux tournent vite au vinaigre parce que les rĂšgles sont injustes : chaque Ordre a une voix, et non chaque dĂ©putĂ© ! Le clergĂ© et la noblesse votent alors systĂ©matiquement main dans la main contre le tiers-Ă©tat. Les rĂ©formes ? RefusĂ©es. LâĂ©galitĂ© ? RepoussĂ©e. Les privilĂšges ? Bien gardĂ©s, merci pour eux ! Bref, le changement ne sera pas pour aujourdâhui.
âą Le Serment du jeu de paume. Face Ă cette supercherie, les dĂ©putĂ©s du tiers-Ă©tat (en majoritĂ© des bourgeois bien dĂ©cidĂ©s Ă ne plus se laisser faire) en ont ras-le-poudrier. Ils claquent la porte puis filent dans l’ancien gymnase de jeu de paume, idĂ©al pour refaire le Monde. Ainsi, le 20 juin 1789, ils posent ensemble les bases de quelque chose de trĂšs gros : ils se proclament « AssemblĂ©e nationale constituante ». Pour faire simple : ils dĂ©cident quâils reprĂ©sentent la Nation et jurent de rester unis jusquâĂ ce quâune Constitution soit Ă©crite. Et une vraie qui limiterait les pouvoirs du roi ! Le ton est donnĂ©.
C) Lâirruption du peuple dans la RĂ©volution (juillet et aoĂ»t 1789)
âą Le peuple de Paris et la prise de la Bastille. Pas trĂšs fan de ce serment, Louis XVI tente un coup de pression : il fait encercler la salle et fait masser 20 000 hommes autour de Paris et Versailles. Mais voilĂ , les Parisiennes et les Parisiens ne sont pas du genre Ă se laisser intimider. Le 14 juillet 1789, ils se soulĂšvent pour protĂ©ger leurs dĂ©putĂ©s et sâarment aux Invalides. La RĂ©volution entre alors officiellement en scĂšne ! Les sans-culottes, la milice bourgeoise ainsi que des membres de la Garde nationale se dirigent alors vers la Bastille, une ancienne prison fortifiĂ©e devenue le symbole de lâabsolutisme royal. Sur place, le gouverneur (le marquis de Launay) est arrĂȘtĂ©, violemment pris Ă partie puis tragiquement lynchĂ© et poignardĂ©. Un pilier du pouvoir royal sâeffondre alors et toute la France comprend que plus rien ne sera dĂ©sormais comme avant !
âą Les paysans et la « Grande peur ». Effet boule de neige : dĂšs lâĂ©tĂ© 1789, la nouvelle de la prise de la Bastille se rĂ©pand comme une traĂźnĂ©e de poudre dans tout le royaume. Les auberges, les marchĂ©s, les routes deviennent les TikTok de lâĂ©poque. On chuchote alors, on exagĂšre un peu, on fait tourner les rumeurs… et toutes ces rumeurs font flipper tout le monde ! Câest ce quâon appelle la « Grande peur » : dans les campagnes, les paysans sont persuadĂ©s que les nobles prĂ©parent un sale coup ou que des armĂ©es Ă©trangĂšres vont dĂ©barquer pour remettre le roi sur son trĂŽne dorĂ©. Les paysans prennent alors les devants : on pille, on brĂ»le les chĂąteaux et on dĂ©truit les titres de propriĂ©tĂ©. Le royaume est en Ă©bullition et ce nâest que le dĂ©but !

2. UNE FRANCE TRANSFORMĂE (1789-1792)
Comment la Révolution donne-t-elle naissance à une nouvelle société ?
A) La fin de la sociĂ©tĂ© d’Ordre (1789)
âą La fin des privilĂšges. Devant ce joyeux bazar, les dĂ©putĂ©s Ă Paris ne savent que faire. Option 1 : rĂ©primer les rĂ©voltes, sauf quâils nâont ni les moyens, ni les soldats, ni vraiment lâenvie de se fĂącher encore plus avec le peuple. Option 2 : trouver un compromis. Ainsi, dans la nuit du 4 au 5 aoĂ»t 1789, moment historique : les dĂ©putĂ©s abolissent les privilĂšges fĂ©odaux. Oui, oui, comme ça, dâun coup : fini les taxes spĂ©ciales pour les paysans et fini les droits seigneuriaux. La sociĂ©tĂ© dâordres sâeffondre et dĂ©sormais, tous les Français sont (en thĂ©orie) Ă©gaux devant lâimpĂŽt, le travail et la loi. Un petit pas pour les dĂ©putĂ©s⊠mais un grand bond vers lâĂ©galitĂ© (et moins dâĂ©meutes dans les champs).
âą Des citoyens Ă©gaux et libres. Puisque changer les rĂšgles du jeu ne suffit pas, il faut maintenant Ă©crire noir sur blanc ce que sera cette nouvelle sociĂ©tĂ©. Les dĂ©putĂ©s sây mettent donc sĂ©rieusement et, le 26 aoĂ»t 1789, ils rĂ©digent un texte qui va faire date : la DĂ©claration des droits de lâhomme et du citoyen (avec un nom bien solennel parce que ça rigole plus). Ce texte proclame, entre autres : lâĂ©galitĂ© de tous devant la loi, la libertĂ© dâexpression, la libertĂ© de culte et la propriĂ©tĂ©. La RĂ©volution avance Ă grands pas !
B) Une réorganisation égalitaire du royaume (1790)
âą Paris capitale du royaume. En octobre 1789, ce sont les femmes qui entrent en scĂšne : des milliers de Parisiennes, excĂ©dĂ©es du prix du pain et de lâindiffĂ©rence royale, organisent une marche musclĂ©e, sous la pluie, avec une idĂ©e bien claire : ramener le roi Ă Paris. Et ça marche ! Louis XVI fait ses valises direction les Tuileries, en plein cĆur de la capitale, et ce dernier ne rentre pas seul : lâAssemblĂ©e nationale le suit. Paris redevient alors la capitale du royaume, une premiĂšre depuis le dĂ©part de Louis XIV en 1682.
âą La crĂ©ation des dĂ©partements. Pendant quâon refait la sociĂ©tĂ©, on en profite aussi pour redessiner la carte ! Exit les anciennes provinces aux traditions inĂ©gales : place dĂ©sormais aux 83 dĂ©partements Ă©gaux et conçus pour garantir les mĂȘmes droits Ă tous. Leur dĂ©coupage est rĂ©flĂ©chi : chaque chef-lieu doit ĂȘtre accessible Ă cheval en une demi-journĂ©e et leurs noms se veulent neutres et naturels (riviĂšres, montagnes), rompant ainsi avec les rĂ©fĂ©rences Ă lâAncien RĂ©gime. C’est donc une gĂ©ographie rationnelle et symbolique, au service dâune France plus unie et Ă©galitaire, qui voit le jour !
C) La fin de la monarchie absolue (1791)
âą Le pouvoir du roi contrĂŽlĂ©. AprĂšs deux annĂ©es de dĂ©bats et de brouillons raturĂ©s, les dĂ©putĂ©s rĂ©digent enfin une premiĂšre Constitution en 1791. On entre alors dans lâĂšre de la monarchie constitutionnelle ! Louis XVI nâest pas totalement mis au placard mais il perd certains privilĂšges : il devient « roi des Français » (et non plus « roi de France », nuance subtile mais qui pique lâĂ©go) et ses pouvoirs sont encadrĂ©s, limitĂ©s, surveillĂ©s⊠domestiquĂ©s ! Il garde le pouvoir exĂ©cutif (gouverner, appliquer les lois, signer deux-trois papiers) mais le pouvoir lĂ©gislatif (faire les lois, donc) revient aux dĂ©putĂ©s (reprĂ©sentants du peuple). Bref, en 1791, la France tente donc un Ă©quilibre Ă l’anglaise : un roi qui ne dĂ©cide plus tout, entourĂ© dâune AssemblĂ©e.
âą Le pouvoir important du roi. Mais attention, tout nâest pas rose pour autant. DâaprĂšs la Constitution, le roi reste « inviolable et sacrĂ© » et, surtout, il garde une carte maĂźtresse : son droit de veto. Ce super-pouvoir royal lui permet en effet de bloquer ou suspendre certaines lois votĂ©es par les dĂ©putĂ©s. Ainsi, mĂȘme si les reprĂ©sentants du peuple votent pour une rĂ©forme, il peut dire « merci mais non merci ». Le roi reste donc capable de contourner la volontĂ© de la Nation quand cela lâarrange.
âą Un suffrage censitaire. De plus, on apprend que tout le monde ne peut pas voter ! En effet, pas de suffrage universel ! Les femmes ? Merci, au revoir. Les enfants ? Trop turbulents. Et mĂȘme parmi les hommes, il y a tri : seuls les « citoyens actifs » ont le droit de voter. Câest-Ă -dire 4 millions de Français qui paient le « cens » (un impĂŽt Ă©quivalent Ă trois jours de travail). Les plus pauvres, soit environ 3 millions de « citoyens passifs », peuvent regarder mais pas toucher. Ainsi, sur environ 40 millions dâhabitants, une petite Ă©lite masculine, riche et bien imposĂ©e dĂ©cide pour tous… On parle de rĂ©volution, certes, mais la dĂ©mocratie est encore en rodage !
D) Une société progressivement sécularisée (1789-1792)
âą LibertĂ© de conscience et contrĂŽle du clergĂ©. La libertĂ© de conscience, inscrite fiĂšrement dans la DĂ©claration des droits de lâhomme et du citoyen, ouvre une nouvelle Ăšre religieuse en France. Les protestants et les juifs peuvent enfin pratiquer leur foi sans risquer la grimace du curĂ© du coin. Mais attention, la RĂ©volution ne se contente pas de tolĂ©rer les religions, elle bouscule aussi lâĂglise catholique jusque dans ses fondations. Accrochez votre soutane, ça secoue :
1) 1789 : Les biens de lâĂglise sont nationalisĂ©s. Terres, couvents, bĂątiments⊠tout passe dans les mains de lâĂtat qui les revend Ă tour de bras pour remplir ses caisses vides. Autrement dit, l’important patrimoine catholique devient un plan de sauvetage Ă©conomique ;
2) 1790 : Place Ă la Constitution civile du clergĂ©. DĂ©sormais, les prĂȘtres ne sont plus nommĂ©s par le Pape mais Ă©lus par les citoyens et payĂ©s par lâĂtat. On leur demande alors de prĂȘter serment Ă la Nation (ce qui, spoiler alert, ne passe pas trĂšs bien chez les plus fidĂšles Ă Rome) et lâĂglise se divise entre les pro-RĂ©volution et les rĂ©fractaires ;
3) 1792 : LâĂglise perd aussi le contrĂŽle de la vie quotidienne. Les registres dâĂ©tat civil (naissances, mariages, dĂ©cĂšs) sont dĂ©sormais tenus par les mairies. Et, cerise sur le gĂąteau rĂ©volutionnaire : le divorce est autorisĂ©. Oui, on peut maintenant se marier et se sĂ©parer !

3. L’ĂCHEC DE LA MONARCHIE (1791-1792)
Comment la fuite du roi met-elle fin Ă la monarchie ?
A) Le rejet de la monarchie constitutionnelle (juin 1792)
âą La fuite du roi. 14 juillet 1790, ambiance cotillons et cocardes au Champ-de-Mars. Câest la fĂȘte de la FĂ©dĂ©ration, une fĂȘte nationale pour cĂ©lĂ©brer lâunitĂ© retrouvĂ©e entre le roi et son peuple (du moins, en apparence). Louis XVI, bien habillĂ©, fait en effet mine dâĂȘtre le roi du moment : il jure fidĂ©litĂ© Ă la Nation et promet de respecter la Constitution. La foule est en liesse, les drapeaux tricolores flottent et on croit encore au conte de fĂ©es dâune monarchie rĂ©conciliĂ©e avec son peuple. Mais derriĂšre son sourire crispĂ©, Louis XVI nâen pense pas un mot. La monarchie constitutionnelle ? TrĂšs peu pour lui ! Alors, en juin 1791, câest le grand moment de lâopĂ©ration discrĂ©tion : Louis, Marie-Antoinette et les enfants se dĂ©guisent en valet de chambre et filent en douce pour rejoindre MontmĂ©dy, une place forte proche de la frontiĂšre allemande oĂč lâattendent des troupes fidĂšles. Spoiler : ça se passe trĂšs mal.
âą Lâarrestation du roi. Reconnu Ă Varennes par un postier particuliĂšrement attentif, le roi est arrĂȘtĂ© puis ramenĂ© sous escorte jusquâaux Tuileries. Le cortĂšge royal rentre alors Ă Paris dans un silence glaçant car La Fayette a prĂ©venu tout le monde : « qui applaudira le roi sera battu, qui lâinsultera sera pendu » ! L’ambiance est tendue et lâimage du souverain « pĂšre de la nation » sâeffondre : le roi fuyard devient le roi suspect. En effet, le roi a grillĂ© sa derniĂšre cartouche car sa tentative de fuite a signĂ© la rupture dĂ©finitive entre lui et le peuple…
B) La fin de la monarchie constitutionnelle (août 1792)
âą Les tensions sociales et internationales. Le 17 juillet 1791, des opposants au roi se rassemblent sur le Champ-de-Mars pour rĂ©clamer lâabolition de la monarchie et la proclamation dâune RĂ©publique. Mais La Fayette, toujours fidĂšle Ă lâordre (et au roi), ne lâentend pas de cette oreille. Il ordonne Ă la Garde nationale de disperser la foule par les armes. RĂ©sultat : les fusils crĂ©pitent et des manifestants tombent ! Et pendant que les rĂ©volutionnaires sâentredĂ©chirent, une menace extĂ©rieure se profile : en effet, le duc de Brunswick, commandant de lâarmĂ©e prussienne, adresse aux Parisiens un message menaçant de dĂ©truire Paris sâils sâen prennent au roi. Entre trahison royale, rĂ©pression dans les rues et menaces venues de lâĂ©tranger, l’Ă©tĂ© 1791 est chaud ! La tension monte donc dâun cran et la RĂ©volution sâapprĂȘte Ă franchir un point de non-retour…
âą La prise des Tuileries. Pour mettre fin Ă cette situation explosive, le 10 aoĂ»t 1792, les choses sâemballent : les sans-culottes, Ă©paulĂ©s par des soldats de la Garde nationale, prennent dâassaut le palais des Tuileries. Face Ă eux, les gardes suisses, loyaux jusquâau bout, tentent de dĂ©fendre le roi. L’affrontement est brutal et sanglant, et Louis XVI est finalement arrĂȘtĂ©, emprisonnĂ© et, surtout, suspendu de ses fonctions. Game over pour la monarchie ! Un mois plus tard, la PremiĂšre RĂ©publique est alors officiellement proclamĂ©e : le roi nâest plus le roi ! La RĂ©volution franchit alors un cap dĂ©cisif : il ne sâagit plus de rĂ©former la monarchie mais bel et bien de lâabolir !
C) LâexĂ©cution de Louis XVI (janvier 1793)
âą Le jugement du roi. DĂ©sormais accusĂ© de trahison, Louis XVI nâest plus simplement un monarque mal-aimĂ© : il devient un ennemi de la Nation. La preuve ? On dĂ©couvre des lettres secrĂštes envoyĂ©es par Sa MajestĂ© aux chefs militaires ennemis, notamment autrichiens (comme par hasard) ! Bref, le roi a conspirĂ© avec lâennemi ! Alors, les dĂ©putĂ©s fraĂźchement Ă©lus au suffrage universel masculin (depuis la proclamation de la RĂ©publique en 1792, tous les hommes peuvent voter, mais pas les femmes, faut pas rĂȘver trop vite) dĂ©cident de juger le roi dĂ©chu. Ce sont les reprĂ©sentants du peuple, les voix de la Nation.
âą LâexĂ©cution du roi. Sur la culpabilitĂ© du roi, les dĂ©putĂ©s de la Convention sont quasiment tous dâaccord : Louis a bel et bien trahi la Nation ! Mais quand il sâagit de dĂ©cider de son sort, deux camps sâopposent alors : dâun cĂŽtĂ©, les radicaux (comme Robespierre ou Saint-Just) souhaitant sa mort. De lâautre, les modĂ©rĂ©s (comme Condorcet) rappelant que le roi est « inviolable et sacrĂ© » et que, faire tomber un roi, ça a des consĂ©quences internationales. MalgrĂ© ces dĂ©bats enflammĂ©s, la dĂ©cision tombe : Ă une courte majoritĂ©, la Convention vote la peine de mort et, le 21 janvier 1793 sur la place de la RĂ©volution (aujourdâhui place de la Concorde), Louis XVI monte Ă lâĂ©chafaud. Un dernier regard vers la foule, une ultime dĂ©claration⊠puis, la lame tombe. Le roi est mort et la RĂ©publique entre dans une nouvelle Ăšre… encore plus tourmentĂ©e !

4. LA PREMIĂRE RĂPUBLIQUE ET LA « TERREUR » (1792-1794)
Comment la République parvient-elle à surmonter les dangers qui la menacent ?
A) Les débuts de la PremiÚre République (septembre 1792)
âą Les Girondins. Ă la Convention (autre nom de lâAssemblĂ©e nationale) Ă©lue en septembre 1792, deux grands groupes politiques sây affrontent⊠Les Girondins, dâabord : rĂ©publicains modĂ©rĂ©s mais bourgeois, ils tiennent le haut du pavĂ© au dĂ©but. Leur nom vient de la Gironde (Ă©videmment) et leurs leaders aiment le calme, le compromis et les grands principes de 1789. ClĂ©ments avec Louis XVI mais hostiles Ă la violence des rues, ils dĂ©fendent les intĂ©rĂȘts de la bourgeoisie tout en se mĂ©fiant des sans-culottes et de leurs mĂ©thodes.
âą Les Montagnards. Face Ă eux, les Montagnards : les durs, les radicaux, les rĂ©volutionnaires pur jus… SurnommĂ©s ainsi car ils siĂšgent en haut des gradins de la Convention, ces dĂ©putĂ©s sont proches du peuple, surtout des sans-culottes parisiens. Ils rĂȘvent dâune RĂ©publique sociale, Ă©galitaire et populaire et non dâun club rĂ©servĂ© aux riches.
B) La jeune République attaquée de toutes parts (août 1792)
âą La contre-rĂ©volution europĂ©enne. LâexĂ©cution de Louis XVI fait lâeffet dâun coup de tonnerre dans toute lâEurope. InquiĂštes, les monarchies voisines (Angleterre, Hollande, Autriche, Prusse et Espagne) sâunissent en effet contre la France et une coalition anti-rĂ©volutionnaire voit rapidement jour. Son objectif est simple : faire taire la RĂ©volution avant quâelle ne devienne contagieuse !
âą La levĂ©e en masse. Face Ă cette coalition de tĂȘtes couronnĂ©es, la Convention ne panique pas et enrĂŽle 300 000 jeunes hommes pour dĂ©fendre la patrie en danger. Cette mesure est efficace mais explosive. En effet, en mars 1793 dans lâOuest de la France, la VendĂ©e sâenflamme : lĂ -bas, de nombreux paysans royalistes et catholiques refusent dâaller se battre pour une RĂ©publique qui a tuĂ© « leur » roi. Une insurrection contre-rĂ©volutionnaire Ă©clate alors et le royaume de France se retrouve dĂ©sormais en guerre Ă lâextĂ©rieur et en guerre civile Ă lâintĂ©rieur…
âą La prise de pouvoir des Montagnards. AttaquĂ©e de toutes parts, la RĂ©publique se retrouve alors en danger ! Les sans-culottes toujours prĂȘts Ă lâaction musclĂ©e rĂ©clament des mesures radicales et obtiennent gain de cause. Plusieurs dĂ©putĂ©s Girondins sont ainsi arrĂȘtĂ©s, accusĂ©s de tiĂ©deur rĂ©volutionnaire, et les Montagnards prennent le pouvoir. Ce coup de force ne passe pas toutefois comme une lettre Ă la poste : les villes fidĂšles aux Girondins (comme Bordeaux, Lyon ou Marseille) refusent de se soumettre et marquent le dĂ©but dâun nouveau conflit interne entre rĂ©publicains, plongeant dĂšs lors a France dans une vĂ©ritable guerre civile…
C) La « Terreur » des Montagnards (1793-1794)
âą Robespierre et le ComitĂ© de Salut public. DĂ©sormais aux commandes, les Montagnards ne perdent pas de temps : ils adoptent en 1793 la Constitution de lâAn I. L’objectif est alors de crĂ©er une RĂ©publique sociale tournĂ©e vers le peuple. Au programme : l’Ă©galitĂ© pour tous les citoyens, le suffrage universel masculin, le droit au travail, le droit Ă lâinstruction et mĂȘme l’abolition de lâesclavage dans les colonies ! Mais voilĂ , la France est toujours coincĂ©e entre guerres extĂ©rieures et rĂ©voltes intĂ©rieures, et cette belle constitution est alors suspendue provisoirement jusquâĂ ce que la paix revienne (spoiler : elle ne reviendra pas tout de suite). En attendant, câest le ComitĂ© de Salut public qui prend les rĂȘnes du pays : un gouvernement dâurgence menĂ© dâune main de fer par Robespierre, alias « lâIncorruptible ».
âą La « Terreur ». Un mois plus tard, en aoĂ»t 1793, Robespierre passe Ă la vitesse supĂ©rieure et inscrit officiellement la « Terreur » Ă lâordre du jour. Face aux multiples menaces, la RĂ©publique adopte des mesures radicales pour se dĂ©fendre. Avec la loi des suspects, il ne suffit plus dâagir contre le rĂ©gime pour ĂȘtre en danger, il suffit juste dâen ĂȘtre soupçonnĂ© : nobles, prĂȘtres rĂ©fractaires, VendĂ©ens mais aussi simples rĂ©publicains jugĂ©s trop tiĂšdes ou trop modĂ©rĂ©s… tous peuvent ĂȘtre arrĂȘtĂ©s, jugĂ©s puis condamnĂ©s Ă mort. La guillotine devient alors lâoutil quotidien de la justice rĂ©volutionnaire et, en quelques mois, environ 1 300 « suspects » montent Ă lâĂ©chafaud parmi lesquelles Marie-Antoinette ou Olympe de Gouges…
âą La poursuite de la dĂ©christianisation. La « Terreur » ne se limite pas aux prisons et Ă la guillotine mais sâattaque aussi au catholicisme. En effet, dans la continuitĂ© de la politique entamĂ©e en 1792, les Montagnards poussent plus loin encore la dĂ©christianisation de la sociĂ©tĂ©. Pour eux, plus question de laisser lâĂglise continuer Ă structurer la vie des citoyens. Le symbole de cette rupture est lâadoption du calendrier rĂ©volutionnaire : les mois sâappellent dĂ©sormais VendĂ©miaire, Brumaire ou Thermidor, les saints sont remplacĂ©s par des noms de la nature et les dimanches disparaissent purement et simplement. MĂȘme le point de dĂ©part change : lâan I commence le 22 septembre 1792, jour de naissance de la RĂ©publique. Ce nouveau calendrier, aussi confus pour les horlogers que pour les paysans, illustre clairement la volontĂ© des Montagnards : rompre avec lâordre ancien, effacer les traces de la tradition chrĂ©tienne et refonder la sociĂ©tĂ© sur des bases entiĂšrement nouvelles.
âą La fin de la « Terreur ». En 1794, la situation semble toutefois se stabiliser : les armĂ©es Ă©trangĂšres sont repoussĂ©es aux frontiĂšres et les rĂ©voltes intĂ©rieures (y compris en VendĂ©e) sont matĂ©es. Si les principaux pĂ©rils sont Ă©cartĂ©s, Robespierre ne lĂąche rien. Au contraire, il poursuit la « Terreur » avec une rigueur redoublĂ©e, y compris contre ses anciens camarades montagnards. RĂ©sultat : la peur change de camp. Ă la Convention, les dĂ©putĂ©s, pris de panique, sâunissent alors contre lui et lâaccusent de vouloir devenir le nouveau tyran de la RĂ©publique. Le 27 juillet 1794 (9 Thermidor), ils passent Ă lâaction : Robespierre est arrĂȘtĂ© puis guillotinĂ© le lendemain, sans mĂȘme un procĂšs… Selon les historiens, cette pĂ©riode aurait fait jusquâĂ 40 000 morts, dont plus de la moitiĂ© en VendĂ©e.
5. BONAPARTE, DE LA RĂPUBLIQUE Ă L’EMPIRE (1799-1815)
Comment Bonaparte met-il fin à la Révolution tout en en perpétuant certains de ses idéaux ?
A) Un nouveau régime autoritaire (1799)
âą Le coup dâĂtat de Bonaparte. AprĂšs avoir envoyĂ© Robespierre Ă la guillotine, les dĂ©putĂ©s dĂ©cident de tourner la page et un nouveau rĂ©gime voit le jour en 1795 : le Directoire. Officiellement toujours rĂ©publicain, ce systĂšme profite surtout Ă la bourgeoisie et enterre petit Ă petit les grandes avancĂ©es sociales de 1793 (comme la suppression du suffrage universel). Ce climat de crise et de dĂ©sillusion ouvre alors la voie Ă un certain NapolĂ©on Bonaparte. Jeune gĂ©nĂ©ral aurĂ©olĂ© de victoires, il sent le bon coup. En 1799, il organise un coup dâĂtat bien ficelĂ© et installe un nouveau rĂ©gime : le Consulat. Son objectif est de ramener lâordre et de refermer, doucement mais sĂ»rement, le chapitre rĂ©volutionnaire.
âą La fin de la sĂ©paration des pouvoirs. Sous le Consulat, on garde les symboles de la RĂ©publique (drapeau tricolore, calendrier rĂ©volutionnaire et Marseillaise en fond sonore) mais dans les faits, câest NapolĂ©on qui tire toutes les ficelles. Presque tous les pouvoirs se retrouvent en effet entre ses mains. Le lĂ©gislatif ? ĂparpillĂ© en quatre assemblĂ©es sans grand poids. Le suffrage universel masculin ? Officiellement de retour mais surtout utilisĂ© pour organiser des plĂ©biscites oĂč le « oui » lâemporte toujours. Quant aux reprĂ©sentants du peuple, ils doivent surtout faire ce que leur dictent les prĂ©fets nommĂ©s par NapolĂ©on. Et pour finir de calmer toute opposition, les derniers rĂ©publicains un peu trop bruyants sont dĂ©portĂ©s tandis que 52 000 anciens nobles, autrefois persona non grata, sont autorisĂ©s Ă regagner la France…
B) La mise en place dâun Empire (1804)
âą Bonaparte idĂ©alisĂ©. AprĂšs la vague rĂ©volutionnaire de 1789 et lâhĂ©morragie de la Terreur, les Français aspirent Ă la stabilitĂ©. Et câest justement ce que semble offrir Bonaparte : calme, ordre, sĂ©curité⊠En quelques annĂ©es, le gĂ©nĂ©ral corse devient pour beaucoup un hĂ©ros, un sauveur, celui qui a remis la France sur ses pieds. Câest lâimage dâun homme providentiel qui sâinstalle peu Ă peu dans les esprits.
âą Bonaparte empereur. PlĂ©biscite aprĂšs plĂ©biscite, Bonaparte grimpe les Ă©chelons du pouvoir. Lors du plĂ©biscite de 1802, les Français lâacceptent comme Consul Ă vie. Deux ans plus tard, rebelote : ils acceptent lâinstauration dâun Empire hĂ©rĂ©ditaire. Le 2 dĂ©cembre 1804, dans la cathĂ©drale Notre-Dame de Paris, il se sacre lui-mĂȘme empereur sous les yeux du pape Pie VII. NapolĂ©on nâest plus simplement un gĂ©nĂ©ral victorieux : il devient NapolĂ©on Ier, « Empereur des Français ».
âą Un rĂ©gime autoritaire. Le rĂ©gime devient de plus en plus autoritaire et une nouvelle noblesse dâEmpire voit le jour, entiĂšrement redevable Ă NapolĂ©on. Pour sâassurer la fidĂ©litĂ© des Ă©lites françaises, il crĂ©e aussi la LĂ©gion dâhonneur. Pendant ce temps, les opposants sont rĂ©duits au silence : arrestations, surveillance policiĂšre renforcĂ©e et presse muselĂ©e Ă partir de 1805.
C) Une société réorganisée et encadrée
âą Un Ătat centralisateur. Pour gouverner efficacement, NapolĂ©on Ier met en place un Ătat solidement centralisĂ©, entiĂšrement tournĂ© vers le pouvoir impĂ©rial :
1) DĂšs 1800, il nomme dans chaque dĂ©partement un prĂ©fet chargĂ© de faire appliquer les dĂ©cisions prises Ă Paris. Ces hommes, fidĂšles Ă lâEmpereur, ont des missions multiples : faire rĂ©gner lâordre, surveiller la population, Ă©tablir des statistiques, transmettre des rapports prĂ©cis⊠Rien nâĂ©chappe Ă leur regard !
2) Lâenseignement devient aussi un instrument au service de lâĂtat. En 1802, NapolĂ©on crĂ©e les lycĂ©es pour former les futurs cadres de la Nation. Puis, en 1808, il fonde lâUniversitĂ© impĂ©riale : elle contrĂŽle tout lâenseignement et dĂ©livre les diplĂŽmes, notamment le tout nouveau baccalaurĂ©at.
3) Câest aussi sous son rĂšgne que naissent la Banque de France et une monnaie stable, le franc germinal, posant les bases dâune Ă©conomie moderne et encadrĂ©e.
âą Le Code civil. En 1804, NapolĂ©on fait adopter le Code civil. Ce texte majeur, pilier de la sociĂ©tĂ© française, rassemble en un seul ouvrage des siĂšcles de droit romain, de lois royales et dâidĂ©es rĂ©volutionnaires. Du jamais vu ! Il consacre la libertĂ©, lâĂ©galitĂ© devant la loi, lâabolition des privilĂšges et la libertĂ© de culte… Mais attention, tout nâest pas rose dans ce joli tableau : cĂŽtĂ© famille, câest papa qui commande. Le pĂšre de famille devient le chef du foyer, version mini-empereur dans son salon ! Les femmes, elles, doivent se contenter dâun rĂŽle trĂšs secondaire. ĂgalitĂ© ? Pas vraiment. FĂ©minisme ? On repassera…
âą Le concordat de 1801. Conscient de lâimportance du catholicisme dans la vie des Français, NapolĂ©on cherche aussi Ă pacifier les tensions religieuses hĂ©ritĂ©es de la RĂ©volution. En 1801, il signe un concordat avec le pape : la religion catholique est alors reconnue comme « celle de la grande majoritĂ© des citoyens » et lâĂtat garde le contrĂŽle du clergĂ©. Les prĂȘtres doivent en effet dĂ©sormais prĂȘter serment et sont rĂ©munĂ©rĂ©s par les pouvoirs publics. Une maniĂšre habile de concilier foi et autoritĂ©.
D) LâEurope Ă lâheure napolĂ©onienne (1802-1811)
âą La Grande armĂ©e. Durant prĂšs dâune dĂ©cennie, NapolĂ©on impose sa loi sur lâEurope grĂące Ă une armĂ©e puissante. La Grande ArmĂ©e, composĂ©e de plus de deux millions dâhommes levĂ©s par le service militaire obligatoire, rĂ©unit des soldats venus de toute lâEurope. PlacĂ©e sous les ordres directs de lâEmpereur, elle remporte victoire sur victoire : IĂ©na, Eylau, Friedland, Wagram⊠Ces triomphes entre 1802 et 1811 construisent ainsi lâimage dâune armĂ©e invincible et renforcent lâaura du chef de guerre NapolĂ©on.
âą Lâempire napolĂ©onien. Ă son apogĂ©e, lâEmpire napolĂ©onien sâĂ©tend de Hambourg Ă Rome et compte 130 dĂ©partements. Dans ces territoires annexĂ©s, les lois françaises sont imposĂ©es et lâadministration centralisĂ©e y est copiĂ©e. Autour de cet empire, NapolĂ©on installe un rĂ©seau dâĂtats vassaux, confiĂ©s Ă des membres de sa famille ou Ă des souverains fidĂšles : lâEspagne revient Ă son frĂšre Joseph, la Westphalie Ă son frĂšre JĂ©rĂŽme, la Toscane Ă sa sĆur Ălisa⊠Lâinfluence française dĂ©passe donc largement les frontiĂšres. Dans ces territoires vassaux, on adopte des codes civils inspirĂ©s du modĂšle français : le droit, lâorganisation sociale et lâadministration portent dĂ©sormais la marque de NapolĂ©on.
âą Les soulĂšvements en Europe. TrĂšs vite, la prĂ©sence de troupes françaises suscite lâhostilitĂ© des populations occupĂ©es. Le cas de lâEspagne est emblĂ©matique : en 1808, lâinstallation de Joseph Bonaparte sur le trĂŽne dĂ©clenche une insurrection populaire. La guerre devient longue, brutale, marquĂ©e par des guĂ©rillas et une haine tenace. DĂšs lors, avec les conquĂȘtes de NapolĂ©on, le nationalisme commence Ă germer…
E) La fin de lâEmpire (1814 et 1815)
âą Les dĂ©boires de Bonaparte. En 1812, NapolĂ©on lance sa Grande ArmĂ©e Ă lâassaut de lâimmense Empire russe, sans trop se soucier des petits dĂ©tails comme de lâhiver sibĂ©rien. RĂ©sultat : la campagne tourne au cauchemar. Sur plus de 600 000 soldats partis fanfare au clairon, seuls 100 000 reviendront. Les autres sont fauchĂ©s par le froid, par la faim ou par lâarmĂ©e russe… Cet immense fiasco donne des idĂ©es aux voisins europĂ©ens qui forment une coalition qui bat NapolĂ©on Ier Ă Leipzig un an aprĂšs. Et en 1814, face Ă lâinvasion de la France, NapolĂ©on n’a alors plus le choix : il se voit dans lâobligation d’abdiquer. Retour donc Ă la case monarchie : Louis XVIII, frĂšre de Louis XVI, revient sur le trĂŽne, un peu tremblant mais ravi…
âą Un retour Ă©phĂ©mĂšre. En 1815, NapolĂ©on dĂ©cide cependant de faire son grand retour : câest lâĂ©pisode des « Cent Jours ». Si NapolĂ©on reprend Paris et motive les troupes, les autres grandes puissances europĂ©ennes ne souhaitent pas revivre le feuilleton impĂ©rial et se liguent (une nouvelle fois) contre lui ! Le 18 juin 1815, Ă Waterloo, câest la chute finale et NapolĂ©on est battu une bonne fois pour toutes. Direction lâĂźle de Sainte-HĂ©lĂšne, perdue au milieu de lâAtlantique, oĂč il finira ses jours en 1821. Lâambiance y devient nettement moins impĂ©riale…
âą Le dĂ©but du mythe. MalgrĂ© ses dĂ©faites, NapolĂ©on ne tombe pas dans lâoubli, au contraire ! Il devient une lĂ©gende, un hĂ©ros de roman, un modĂšle pour de nombreux nostalgiques. Le bonapartisme sâinstalle dans la vie politique et, dans les milieux populaires, on se murmure que lâEmpereur reviendra un jour. Si le bonapartisme constitue dorĂ©navant un courant important de la vie politique française, câest surtout dans les milieux populaires que se dĂ©veloppe la lĂ©gende de NapolĂ©on.

L’ESSENTIEL â€ïž
â De 1789 Ă 1793 : place Ă la RĂ©volution ! Le royaume de France est transformĂ© par le processus rĂ©volutionnaire et de grands principes sont appliquĂ©s :
– La souverainetĂ© nationale avec l’Ă©lection de reprĂ©sentants
– La fin des privilĂšges avec l’Ă©galitĂ© des citoyens devant la loi
– La libertĂ© de culte et la sĂ©cularisation de la sociĂ©tĂ©
– La sĂ©paration des pouvoirs avec la monarchie constitutionnelle
Lâobjectif ambitieux des rĂ©volutionnaires est alors de construire une Nation flambant neuve basĂ©e sur les principes dictĂ©s par la DĂ©claration des droits de lâhomme et du citoyen de 1789.
â De 1793 Ă 1794, ambiance guillotine ! La rĂ©volution se radicalise. En 1793, les dĂ©putĂ©s dĂ©cident en effet l’exĂ©cution du roi (coupĂ© net) et, l’annĂ©e suivante, la « Terreur » prĂŽnĂ©e par les Montagnards et Robespierre est mise Ă lâordre du jour pour sauver la jeune RĂ©publique de ses menaces extĂ©rieures et intĂ©rieures.
â En 1799 : Bonaparte entre en scĂšne ! Celui-ci organise un coup dâĂtat et instaure progressivement un Empire qui met fin au processus rĂ©volutionnaire. Il est Ă la fois un continuateur de la RĂ©volution (libertĂ©s, Ă©galitĂ©, Code civil, administration centralisĂ©eâŠ) quâil diffuse en Europe mais Ă©galement son fossoyeur (restauration dâun pouvoir monarchique, fin de la libertĂ© de presse, rĂ©tablissement de lâesclavageâŠ). Toutefois, aprĂšs quelques dĂ©faites bien corsĂ©es, son empire sâeffondre en 1815 face Ă la coalition internationale.
DATES REPĂRES
mai 1789 Ouverture des Ătats gĂ©nĂ©raux pour causer finances
juin 1789 Serment du Jeu de Paume dans un gymnase Ă Versailles
14 juillet 1789 Prise de la Bastille à Paris (#Révolution)
nuit du 4 août 1789 Abolition des privilÚges : tout le monde à égalité
26 aoĂ»t 1789 DĂ©claration des droits de l’homme et du citoyen
mai 1791 Louis XVI tente un road-trip incognito
1792 Instauration de la PremiÚre République
janvier 1793 La guillotine tranche le débat : Louis XVI est guillotiné
1793 Début de la « Terreur » avec la loi des suspects
1799 Coup dâĂtat de Bonaparte : adieu la RĂ©volution, bonjour lâautoritĂ©
1804 Bonaparte devient l’empereur NapolĂ©on Ier